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En pleine promotion de son livre Orléans (Grasset), où il relate une enfance sous l’emprise et la violence de ses parents, Yann Moix fait face à des accusations d’antisémitisme et de négationnisme. Une affaire qui se déroule en deux temps, et à laquelle l’écrivain réagit ce mardi soir auprès de Libération.

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«J’assume, j’endosse tout. Tout ce que j’ai fait à l’époque avec trois ou quatre cons, on était des types complètement paumés. J’écrivais, je dessinais, je produisais de la merde. Ces textes et ces dessins sont antisémites, mais je ne suis pas antisémite. Je me moquais des myopathes, de la faim dans le monde, de l’Abbé Pierre… Aujourd’hui, l’homme que je suis en a honte. Tout le parcours que j’ai fait depuis, tout mon parcours d’homme, c’est l’histoire de quelqu’un qui a essayé de s’arracher à cette géographie toxique, m’extraire de cette nasse.»

«Plutôt que de tomber dans la merde, je me suis élevé, en étant curieux intellectuellement. J’ai eu la chance de rencontrer Bernard Henri-Lévy, qui m’a évité de devenir l’homme que j’aurais pu être, une pourriture. Je ne suis pas fier, mais heureux de mon parcours. L’âge de 20 ans, c’est fait pour se tromper. Aujourd’hui, alors que ces dessins, ces textes sont ressortis, je me sens libre. Libéré de cette épée de Damoclès avec laquelle je vivais depuis trente ans. Je vais pouvoir continuer mon travail l’esprit dégagé. Et travailler à la rédaction de Reims [son prochain ouvrage, ndlr].» 

Si vous avez raté le début de l’affaire : 

Acte I. Lundi, l’Express révèle que l’écrivain, aujourd’hui âgé de 50 ans, avait publié des dessins antisémites dans un magazine artisanal conçu par quelques étudiants et lui-même, alors qu’il était à Sup de Co avant d’intégrer Sciences-Po. Dans ce journal nommé Ushoahia, le magazine de l’extrême, qui vécut autour des années 1989-1990, Yann Moix a par exemple signé un dessin représentant un homme en tenue de déporté et détournant les publicités Coca-Cola avec cette phrase : «Coca-Crema, you can beat the Jew !» («Coca-Crema, vous pouvez frapper le Juif»). Interrogé par l’hebdomadaire, Moix admet être l’auteur des dessins incriminés, des «productions lamentables et moches» qui le poussent à commenter aujourd’hui : «L’homme de 50 ans que je suis est littéralement épouvanté de ce qu’il a pu produire, en l’espèce, à 21 ans. Je devais être bien mal dans ma peau, alors, pour me vouer à une telle débauche de mauvais goût.» 

Acte II. Ce mardi en fin d’après-midi, l’Express parle à nouveau d’Ushoahia en s’intéressant cette fois aux textes négationnistes qu’il contenait. Dans l’un d’eux, par exemple, il est écrit : «Chacun sait que les camps de concentration n’ont jamais existé.» Lundi, Yann Moix a formellement nié en être l’auteur : «Je me suis strictement borné à faire les dessins. Je n’ai participé à aucun texte.» Et ce, bien que son écriture soit reconnaissable dans ces textes écrits à la main : selon lui, les textes avaient été écrits par un autre membre du journal, et recopiés par ses soins parce que lui-même avait «l’écriture la plus lisible». Une défense qui s’effondre quand l’Express dit avoir mis la main sur un épais manuscrit adressé à une dénommée Marie, dans lequel on trouve plusieurs des textes également publiés dans Ushoahia. Or, cette fois, plusieurs feuillets sont signés du nom de Moix.

Acte III. Contacté par Libération, Yann Moix reconnaît finalement être l’auteur des textes.

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Christophe Israël

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