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Marc Dixneuf est le directeur général d’AIDES, une association française de lutte contre le virus du sida et les hépatites virales. 

Les 9 et 10 octobre se tiendra, à Lyon, la sixième Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Le président de la République, Emmanuel Macron, sera notamment présent. Cette Conférence vise à récolter un minimum de 14 milliards de dollars pour le financement des programmes du Fonds mondial entre 2021 et 2023.

Dès le début de l’année 2019, l’association AIDES a interpellé Emmanuel Macron, Marc Dixneuf explique pourquoi : « On l’a interpellé pour lui dire ‘Il faut que ça soit vous qui organisiez la reconstitution du Fonds mondial à Lyon’, parce que c’est une création française ». 

Ce Fonds a été créé par Jacques Chirac en 2002. « C’est une des raisons pour lesquelles on lui a rendu hommage lors de son décès », raconte le DG d’AIDES. « Au moins sur ça, on ne peut pas dire que le président Chirac n’a pas été en pointe au niveau international. C’est lui qui a porté la question du VIH au Conseil de sécurité des Nations unies en 2000, et c’est ce qui a changé la donne pour la réponse mondiale. »

« Alors aux Nations unies, tout récemment, il y a eu un accord de principe pour reconstituer ces Fonds », rappelle Jean-Paul Chapel.

« Il y a eu un accord de principe. Il y a déjà eu des annonces ces derniers mois de nombreux pays, comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, qui ont annoncé une augmentation de leur contribution, et on attend maintenant l’annonce de la France, qui a deux objectifs, un objectif en tant qu’État membre des Nations unies contributeur, et on demande que la France augmente sa contribution d’au moins 25%, et il y a un objectif de la France en tant que porteur de la reconstitution pour atteindre au moins 14 milliards de dollars. », précise Marc Dixneuf. 

Le sida, la tuberculose et le paludisme font trois millions de victimes chaque année dans le monde. Pour réduire ce nombre de victimes, « il faut faire de la prévention, du dépistage et avoir accès aux traitements. C’est vrai pour les trois maladies, le sida, la tuberculose et le paludisme », affirme Marc Dixneuf, directeur général de l’association AIDES. « Si on prend juste le cas du sida, on estime qu’il y a 35 millions de personnes qui vivent avec le VIH dans le monde, 15 millions n’ont pas accès au traitement, et sur les 22 millions de personnes restantes, il y en a presque 19 millions qui ont un traitement grâce au Fonds mondial. Donc le Fonds mondial est extrêmement efficace, que ce soit pour donner des traitements aux personnes séropositives ou distribuer des moustiquaires dans les pays où le paludisme est présent. »

« Pourquoi seulement ces trois maladies ? », interroge Jean-Paul Chapel. 

« Parce que quand le Fonds mondial a été créé, on a regardé quelles étaient les maladies qui étaient les plus tueuses dans le monde, et c’étaient celles-ci et ce sont toujours celles-ci », répond Marc Dixneuf. « Même s’il y a d’autres pathologies, notamment les cancers ou les pathologies non transmissibles, comme le diabète, l’hypertension, ça reste quand même les maladies qui tuent le plus au monde, qui tuent énormément d’enfants, notamment pour le paludisme par exemple, ou pour le VIH. »

« Vous dites qu’il faut environ 14 milliards de dollars, est-ce que le compte y est ? », demande Jean-Paul Chapel.

« On le saura vraiment jeudi prochain, parce que c’est jeudi midi, à la fin de cette Conférence, que le président de la République et le patron du Fonds mondial vont annoncer ‘est-ce qu’on est arrivé ou pas aux 14 milliards’. On n’y est pas encore, c’est pour ça qu’on attend avec une grande impatience l’annonce de la présidence de la République », développe le DG de l’association de lutte contre le sida. « C’est le président de la République qui décide, lui seul, du montant que la France va mettre, c’est assez exceptionnel en matière de coopération et de développement. Nous verrons bien à ce moment-là si la France a augmenté sérieusement sa contribution pour regagner cette place de deuxième contributeur mondial qu’elle a perdu au profit de la Grande-Bretagne, et si on arrive à avoir ces 14 milliards de dollars. On a estimé qu’il fallait 17 milliards de dollars, le Fonds mondial et la France ont, eux, estimé qu’il fallait au moins atteindre 14. Nous verrons bien si on y arrive jeudi midi. » 

Selon Marc Dixneuf, jusqu’à présent, la France contribuait à hauteur de 300 millions par an. AIDES espère désormais une contribution de 450 millions par an. « Ce serait le minimum. Pourquoi ? Parce que l’épidémie va toujours plus vite, il y a toujours des personnes qui se découvrent infectées par le VIH. Une personne sous traitement ne transmet pas, donc il faut dépister les personnes, leur donner accès au traitement », explique-t-il. 

Concernant le sida en France, « le problème est contenu si l’on regarde la question des traitements. Une personne qui connaît son infection est sous traitement et elle vit bien, aussi longtemps qu’une personne qui ne serait pas infectée par le VIH. La difficulté qu’on a en France et qu’on arrive pas à résoudre, mais c’est vrai dans des tas de pays développés dans le monde, c’est que 30 % des gens qui découvrent chaque année leur infection à VIH, c’est-à-dire à-peu-près 2 000 personnes, la découvrent en étant presque en stade sida ou en étant en stade sida, c’est la première chose, donc avec déjà un état de santé très dégradé », détaille Marc Dixneuf, avant de poursuivre : « Et l’autre chose, c’est que, évidemment, il n’y a pas les milliers de morts par an du sida, mais tous les ans, en France, encore aujourd’hui, il y a des gens qui meurent du sida, parce que soit les traitements ne vont plus être efficaces, donc il faut toujours des nouveaux traitements, soit parce qu’elles ont découvert trop tardivement leur infection à VIH ».

« C’est pour ça qu’il faut promouvoir le dépistage, sans cesse, en France et dans le monde. Il faut également promouvoir la PrEP, qui est la prophylaxie pré-exposition, pour les gens qui se contaminent le plus. Alors ça peut sembler un petit peu étrange de payer pour un médicament pour quelqu’un qui n’est pas malade, mais c’est un médicament qui protège, qui est extrêmement efficace. C’est grâce à ça qu’on voit la chute des épidémies à San Francisco, en Australie, en Grande-Bretagne, et qu’on voit quelque chose qui commence à se passer en France », conclut le directeur général d’AIDES. 

L’interview s’est achevée sur « Time Won’t Wait » de Jamiroquai.

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