Via  Lapress

Encouragé par un soutien international croissant et la désertion d’un colonel vénézuélien à l’étranger, le député de droite de 35 ans, chef du Parlement, offre l’amnistie aux fonctionnaires et militaires acceptant de le soutenir.

« Aujourd’hui, nous sommes allés tendre la main […] Soldat du Venezuela, nous plaçons nos espoirs en toi et en ton engagement envers notre Constitution », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas le moment d’avoir peur ».

Pendant ce temps, Nicolas Maduro supervisait des exercices militaires au Fort Paramacay (nord).

« Genou à terre pour combattre le coup d’État, je le dis à toutes les forces armées bolivariennes : union maximale, discipline maximale, cohésion maximale », a-t-il lancé aux troupes.

« Êtes-vous des putschistes ? »

Brandissant des drapeaux vénézuéliens, des groupes d’opposants ont distribué aux portes du Fort Tiuna – premier complexe militaire du pays – et d’autres garnisons la loi d’amnistie, qui offre « toutes les garanties constitutionnelles » aux militaires et civils qui « collaborent à la restitution de la démocratie ».

Certains militaires ont brûlé ou déchiré le document sous les yeux des opposants.

« L’armée est avec notre commandant en chef, Nicolas Maduro », a déclaré l’un des soldats.

« Nous luttons pour que l’armée se mette du côté du peuple qui demande des élections libres », a confié le député d’opposition Ismael Leon.

L’objectif de Juan Guaido ? Fissurer la loyauté de l’armée, principal soutien de Nicolas Maduro depuis son arrivée au pouvoir en 2013.

Ce dernier l’a bien compris et a lancé une mise en garde aux soldats : « Êtes-vous des putschistes ou respectez-vous la Constitution ? […] Traîtres jamais, loyaux toujours ! »

Des dissensions commencent toutefois à apparaître. Attaché militaire du Venezuela à Washington, le colonel José Luis Silva a dit ne plus reconnaître Nicolas Maduro comme président légitime et exhorté ses « frères militaires » à faire de même.

Guaido annoncera dans la soirée les manifestations prévues dans les prochains jours, qui visent à « parvenir à la fin de l’usurpation, à un gouvernement de transition et des élections libres », après une semaine de mobilisations qui s’est soldée par 29 morts et plus de 350 arrestations.

« Soldat du Venezuela, je te donne un ordre : ne réprime pas les manifestations pacifiques […], ne tire pas sur le peuple », a-t-il lancé.

Le pape François a lui demandé dimanche une « solution juste et pacifique pour surmonter la crise, en respectant les droits de l’homme ».

Mise en garde de Washington

Jusqu’à présent, Nicolas Maduro se montre inflexible.

Dimanche, il a rejeté l’ultimatum lancé par plusieurs pays européens exigeants des élections : « Personne ne peut nous donner d’ultimatum », a-t-il affirmé à la chaîne CNN Turk.

Six pays européens (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Portugal, Pays-Bas) lui ont donné samedi huit jours pour convoquer des élections, faute de quoi ils reconnaîtront Juan Guaido comme président.

Guaido, qui a salué ce geste « fort » de l’Europe, a également applaudi comme « une grande victoire » la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU samedi, consacrée à la crise vénézuélienne.

Lors de cette réunion, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a demandé à tous les pays d’« être aux côtés des forces de liberté ».

Dimanche, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, a averti que « toute violence et intimidation » contre l’opposition et le personnel diplomatique américain sur place entraînerait une « réponse significative ».

La liste des soutiens internationaux de Guaido ne cesse de s’allonger : dernier à s’y joindre, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a annoncé que son pays reconnaissait le « nouveau pouvoir » au Venezuela.

Mais Caracas garde des amis à l’étranger, notamment la Russie, qui a exigé « la fin » d’« une ingérence cynique et non dissimulée dans les affaires d’un État souverain ».

Dans son camp se trouvent aussi la Chine, la Corée du Nord, la Turquie, le Nicaragua et Cuba notamment.

Le chef de file de La France insoumise (gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon, a déclaré dimanche souhaiter que Nicolas Maduro « tienne ».

Ce dernier continue d’accuser Washington d’agir en coulisses de ce qu’il considère comme un coup d’État et a rompu les relations diplomatiques.

Mais il veut garder un minimum de relations et négocie avec eux l’ouverture de « sections d’intérêts » dans chaque pays, a-t-il annoncé alors qu’expirait le délai de 72 heures qu’il avait donné au personnel de l’ambassade américaine pour quitter le Venezuela.

Interrogé par l’AFP, le département d’État américain n’a pas confirmé ces discussions mais a précisé qu’il « ne prévoit pas de fermer l’ambassade », car « le président par intérim Guaido a invité la mission américaine à rester au Venezuela ».

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