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Le feuilleton entamé dimanche, lorsque le parti islamiste Ennahdha a demandé l’éviction du président du gouvernement, a trouvé sa résolution mercredi après-midi. A la demande du président de la République, Kaïs Saïed, celui qui gouvernait la Tunisie depuis quatre mois et dix-huit jours a présenté sa démission. Désormais, le chef de l’Etat devra choisir une personnalité capable de former une majorité à l’ARP (Assemblée des représentants du peuple). Le nom du gouverneur de la Banque centrale, Marouane Abassi, circule comme souvent en cas de crise politique.

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Elyes Fakhfakh : 4 mois et 18 jours à la Kasbah

Il est 20h21 quand les services de la présidence du gouvernement rendent officielles une démission dont le Tunis des pouvoirs se gargarisaient depuis quelques heures. Ce social-démocrate, membre d’Ettakatol (un PS local, 20 députés en 2011, aucun lors des deux scrutins législatifs suivants), avait été choisi par Kaïs Saïed parmi la liste des quelques candidats qui lui avait été soumise par les principaux partis.

Sans assise électorale, l’homme avait pour cv un double poste de ministre après la révolution : aux Finances et au Tourisme. Il avait été candidat à la présidentielle de 2019, recueillant 0,34 % des voix. Avant la campagne électorale, il avait disparu des radars politiques pendant quatre ans pour se consacrer aux affaires. Les parts qu’il détenait dans Vivan, dévoilées après son entrée en fonction à la tête du gouvernement, ont troublé l’opinion publique et satisfait ses adversaires. Précipitant sa chute sans que la justice n’ait eu le temps d’examiner le fond de l’affaire.

Vivan est une compagnie qui faisait partie d’un groupement qui contractait avec l’Etat pour des marchés liés à l’environnement. Certains, attribués en décembre 2019, furent signés en avril – c’est la loi – alors qu’il était devenu président du gouvernement. « On ne peut pas faire du business avec l’Etat quand on est à sa tête », expliquait Ridha Driss, membre du conseil de la choura d’Ennahdha.

Ce dossier aura servi de détonateur. Le parti présidé par Rached Ghannouchi, également président de l’ARP, arguera de ce conflit d’intérêts pour exiger de « tourner la page ». Son parti détenait cinq ministères au sein de ce gouvernement. Ce dossier était connu de certains membres de la coalition de Fakhfakh bien avant qu’il obtienne le vote de confiance du parlement. Le froid, la vengeance, l’appétit…

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Quatre mois pour former un gouvernement de quatre mois

Désormais, la Tunisie se retrouve au point de départ, celui du 6 octobre dernier, jour des législatives. Il avait fallu quatre mois pour former un gouvernement. La première tentative, avec le candidat d’Ennahdha Habib Jemli, avait échoué à obtenir l’aval du parlement. Le chef de l’Etat avait alors opté pour ce social-démocrate sans socle électoral. Une coalition hétéroclite avait accepté de gouverner ensemble : le parti de l’ancien chef de gouvernement Youssef Chahed retrouvait son allié Ennahdha aux côtés du Courant démocratique (centre-gauche, anti-corruption) peu compatibles avec les deux précédents. Cet attelage fonctionnait avec moult difficultés.

Ce soir, Elyes Fakhfakh demeure en poste. Il expédiera les affaires courantes en attendant qu’un successeur obtienne une majorité à l’ARP, ce qui n’a rien d’une partie champêtre tant elle est balkanisée. Il explique avoir démissionné afin « d’éviter à la Tunisie des conflits ».

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