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Publié chez Christian Bourgois, La source de l’amour-propre réunit essais, discours et réflexions de l’écrivaine surtout connue en France pour ses romans. Par ailleurs, paraît dans le numéro du 2 octobre de la revue America son unique nouvelle, Récitatif. 

Les lecteurs francophones vont pouvoir entendre de nouveau la voix singulière de Toni Morrison avec la publication le 3 octobre de La source de l’amour-propre (traduit de l’anglais par Christine Laferrière), un recueil qui rassemble une quarantaine de textes de la lauréate du Nobel de littérature. 

Précédent la sortie du livre posthume de la légende des lettres américaines, une nouvelle inédite est publiée dans la revue America dont elle était la marraine.

Publié chez Christian Bourgois, La source de l’amour-propre (traduit de l’anglais par Christine Laferrière) réunit essais, discours et réflexions de l’écrivaine surtout connue en France et dans le monde francophone pour ses romans. Tous les textes présentés dans l’ouvrage sont inédits en français (à l’exception du discours de Stockholm prononcé par l’écrivaine quand elle reçut le prix Nobel en 1993).

Intitulé Péril, le premier texte de cette anthologie explique pourquoi les écrivains sont des menaces pour les régimes autoritaires. « Des écrivains – journalistes, essayistes, blogueurs, poètes, dramaturges -, peuvent perturber l’oppression sociale qui fonctionne comme un coma sur la population, coma que les despotes qualifient de paix », écrit-elle dans ce texte d’un discours prononcé en avril 2008. « La vie et l’oeuvre d’un écrivain ne sont pas un don fait à l’humanité : ils sont sa condition nécessaire », insiste-t-elle.

On retrouve dans le recueil des textes sur « les morts du 11-Septembre » ou d’autres encore sur la situation des Noirs américains. On sort littéralement bouleversé de la lecture de son hommage funèbre de James Baldwin (1924-1987). « Tu m’as offert la langue dans laquelle résider (…) Je pense tes pensées, parlées et écrites, depuis si longtemps que je les croyais miennes. Je vois le monde à travers ton regard depuis si longtemps que je croyais que cette vision limpide, si limpide, était ma propre vision », écrit Toni Morrison à propos de l’auteur de I am not your Negro« C’est toi, poursuit-elle, qui nous a donné le courage de nous approprier une géographie étrangère, hostile, totalement blanche, parce que tu avais découvert que ce monde (à savoir l’Histoire) n’est plus blanc et il ne le sera plus jamais ».

Un autre texte, issu des archives personnelles de Toni Morrison, revient sur l’écriture de Beloved, son chef d’oeuvre publié en 1987. « J’ai commencé à réfléchir à Beloved en 1983. Comme depuis le début de mes années d’écriture, j’y ai été poussée par mon rapport compliqué à l’Histoire », raconte l’écrivaine, petite-fille d’esclaves.

Dans le texte qui donne son titre au recueil, La source de l’amour-propre (extrait d’une conférence prononcée en mars 1992), Toni Morrison explique qu’elle a écrit Beloved (histoire vraie d’une esclave qui tue son enfant pour que celle-ci ne vive pas en esclave à son tour) pour tenter de raconter une histoire de l’esclavage sans sombrer dans « la pornographie ». « Il est très facile d’écrire sur un tel sujet et de se retrouver dans la position d’un voyeur où, en fait, la violence, les monstruosités, la douleur et la souffrance deviennent leur propre prétexte de lecture », met-elle en garde. « Ce qu’il me fallait alors, pour traiter de ce que je croyais impossible à maîtriser, c’était une petite bride, une chose concrète, une image issue du monde de ce qui était concret (…) Et pour moi, cette image, cette chose concrète, est devenue le mors », souligne l’écrivaine.

Le mors, cet instrument pour les bêtes de somme, que les Blancs esclavagistes faisaient porter à leurs esclaves, hommes et femmes, pour les « faire taire ». « On l’utilisait aussi beaucoup pour les femmes blanches », rappelle la romancière qui fut aussi de tous les combats féministes.

Cet aspect de son oeuvre est mis en avant dans Récitatif la seule nouvelle de Toni Morrison au cours de sa longue carrière, restée inédite en français, et que publie America. Dans ce texte de 1983, elle esquisse le destin de deux femmes, l’une noire, l’autre blanche, mais brouille les repères de la construction raciale pour mieux dévoiler la mécanique de l’oppression et de l’exclusion.

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