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L’exceptionnelle trajectoire du natif du Quercy a superbement inspiré l’écrivain François Garde, en cette rentrée littéraire 2019.

Roi par effraction. Ainsi François Garde a-t-il choisi d’intituler son roman consacré à Joachim Murat (1767-1815), fils d’aubergiste du Quercy devenu maréchal de France, puis roi de Naples, sous Napoléon. C’est à ce flamboyant général toujours en tête de ses troupes qu’on prête ce cri de guerre, à la bataille d’Eylau : “Tout droit en avant ! Direction le trou du cul de mon cheval !”. Le livre débute le 8 octobre 1815. A 48 ans, Joachim Murat n’a plus que six jours à vivre.

Tandis que Napoléon vaincu vogue vers Sainte-Hélène, son ancien général vient d’être capturé en Calabre au terme d’une expédition hasardeuse pour reconquérir l’Italie, avec quelques dizaines d’hommes. Fait prisonnier par les troupes du roi Ferdinand de Sicile, dont il a occupé le trône, à Naples, de 1808 à 1815, il sait l’issue fatale.

En six chapitres – six journées – l’auteur fait défiler dans la tête du condamné l’épopée qui fut la sienne, étroitement liée à celle de l’Empereur dont il a épousé la soeur, Caroline. L’avenir de Murat s’est joué dans l’ébullition de la Révolution. Amoureux des chevaux, l’enfant du Sud-Ouest s’engage à 20 ans dans la cavalerie, en 1787. Il est renvoyé pour insubordination, mais sa voie militaire est tracée. Sous la Révolution, la « patrie en danger » lui permet de prouver ses talents. Elle lui fait surtout croiser un jeune général corse au teint jaune et aux yeux cernés, Napoléon Bonaparte, qui repère cet officier téméraire. La chance le sert : sous les lambris d’un salon milanais, Caroline, la soeur de Bonaparte, tombe amoureuse à 15 ans du fringant cavalier. Elle le choisit comme époux, bien plus que l’inverse.

A la bataille d’Eylau (1807) immortalisée par le peintre Antoine-Jean Gros, il enfonce l’artillerie russe par une de ces manoeuvres audacieuses dont il a le secret. Mais cette victoire à la Pyrrhus annonce déjà le déclin de l’Empire, avant le désastre espagnol et la bérézina russe. L’année suivante, à la tête de l’armée française, il envahit l’Espagne et ordonne la répression sanglante des Madrilènes insurgés. Le 3 mai 1808, plusieurs centaines d’Espagnols sont fusillés par les soldats français. Le « Tres de Mayo », célèbre tableau de Goya, gravera dans les esprits les atrocités perpétrées sous le commandement de Murat.  

Le "tres de Mayo", ou les fusillades du 3 mai à Madrid, un tableau de Francisco Goya au musée du Prado à Madrid, photographié le 28 avril 2017.
Le « tres de Mayo », ou les fusillades du 3 mai à Madrid, un tableau de Francisco Goya au musée du Prado à Madrid, photographié le 28 avril 2017. (LUISA RICCIARINI / LEEMAGE / AFP)

En 1808, Napoléon fait de son beau-frère le roi de Naples. Murat, qui se rêve fédérateur de l’unité italienne, va adorer cette ville ensoleillée et superstitieuse sur laquelle il règne désormais. La Campanie est à l’image du bonheur, un bonheur fragile pour qui doit son trône à un Empereur parti en guerre contre l’Europe entière. 

Dans une langue élégante et fluide, François Garde revient sur les interrogations,  qui peuvent hanter l’esprit d’un soldat à ce point sorti du rang, à la veille de sa mort. Culpabilité au souvenir du sang versé ? Orgueil rétrospectif pour avoir contribué à tant de victoires ? Autres regrets encor ? A l’ombre de Napoléon, rappelle le romancier, Murat fut avant tout un hussard quêtant inlassablement un compliment de l’empereur qui ne vint jamais (à une exception près), malgré une bravoure sans pareille.

Magistral récit de ce qui fut un pan d’histoire, tel qu’a pu le ressentir un second couteau propulsé par hasard sur un trône, ce roman placé sous les auspices des oeuvres de Marguerite Yourcenar et d’Alexandre Dumas (dont sont tirés les exergues) tient haut la main sa promesse de départ : “partir à l’assaut de la forteresse du temps et négocier un cessez-le-feu”. En six arrêts sur images, le roman retrace l’épopée napoléonienne en épousant les hauts et les bas d’un militaire à la destinée d’exception. Une brillante cavalcade aux accents mélancoliques.

« Roi par effraction », de François Garde
Gallimard, 304 pages, 20 euros – Parution le 29 août

Extrait : « Les ombres qui navrent les champs de bataille aux soirs de victoire comme aux soirs de défaite le hantent. Ces gisants l’attendent, depuis quatre mois ou depuis quinze ans, sans impatience et sans rancune. Ils forment un ensemble disparate, uniformes mêlés, sans considération de grade. Français, Prussiens, Egyptiens, Suédois, Bavarois, Napolitains, Russes, Espagnols, Autrichiens … (…). Lente, disparate, impropre aux parades et aux défilés, fidèle pour l’éternité, l’armée invisible du roi Murat. Il sera l’ultime victime de ses propres guerres. Car sa place, bien sûr, est parmi eux« .

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