Via    Le monde

Devant le collège Jean-de-la-Fontaine, à Crépy-en-Valois, le 28 février.

Il parle de la commune dont il est élu depuis 1983, de ses blessures et de ses fantômes, et il pleure. Devant les sénateurs de la commission d’enquête parlementaire, jeudi 23 juillet, le maire de Crépy-en-Valois, Bruno Fortier, a raconté son histoire et celle de sa ville, première de France à avoir été touchée par l’épidémie de Covid-19. Devenue « l’épicentre de la crise pandémique et médiatique », cette petite commune de l’Oise, située à 60 kilomètres de Paris, a renoué avec la tragédie, près de quarante ans après le « terrible accident de Beaune », plus grave catastrophe routière de France, dans laquelle 44 enfants, serrés dans deux autobus bondés, ont perdu la vie dans l’incendie de ces derniers, un sombre jour de juillet.

L’épidémie de Covid est arrivée dans ce « contexte particulier », marqué par « tout ce qui nous est arrivé », a rappelé le maire. Une nouvelle fois meurtrie et blessée, Crépy-en-Valois a en effet été l’un des tout premiers clusters recensés. Et l’un des siens, enseignant au collège Jean-de-La-Fontaine, mort dans la nuit du 26 au 27 février à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, fut la première victime française du Covid-19. Confinée quinze jours avant le reste du pays, la commune a vu doubler son nombre de morts par rapport à la même période en 2019. « L’image de Crépy était terrible, nous étions des pestiférés. Dès l’annonce de la mort de ce pauvre monsieur Varoteaux, les employeurs téléphonaient à leurs employés pour dire : “Ne venez pas, vous êtes de Crépy-en-Valois !” », raconte Bruno Fortier, lui-même testé positif à cette « cochonnerie » le 1er mars.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Sénat passe au crible la gestion de la crise due au Covid-19 dans le Grand-Est

Premier foyer épidémique, le département de l’Oise a recensé 591 morts au total. « Notre territoire a été pris très tôt dans la tourmente, et placé sous les feux des projecteurs, sans être préparé », a résumé, à son tour, la présidente du conseil départemental, Nadège Lefebvre. Surpris par la violence de la vague, les acteurs de terrain ont dû « prendre leur sort en main », comme l’a rappelé le préfet, Louis Le Franc, confronté très tôt à une série de problèmes inédits, dont la pénurie de masques ou l’encombrement des services funéraires. Certains week-ends, le personnel des pompes funèbres, au départ très mal protégé, a « géré » entre 35 et 40 morts en même temps, menaçant de laisser les cercueils sur les routes. « J’ai été dans une situation où, en l’absence de décisions nationales, j’ai dû prendre des décisions locales », a raconté le préfet, qui a énuméré les mesures « coercitives » décidées pour protéger la population, comme la fermeture des marchés ou l’interdiction des rassemblements, bien avant le reste du pays.

Il vous reste 63.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laissez un commentaire