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Portrait de Francois Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778), en 1736, signé Quentin De La Tour.

La fête s’annonçait délicieuse. Le château du président de Maisons, construit par Mansart en bord de Seine, était accueillant et fastueux. Le maître des lieux, 25 ans, occupait de hautes fonctions dans la magistrature. Voltaire avait 29 ans. Poète et dramaturge en vogue, rendu célèbre par le triomphe d’Œdipe, il venait donner lecture de sa prochaine tragédie, Mariamne. Etaient conviés une soixantaine d’invités du beau monde, et Adrienne Lecouvreur, la célèbre actrice, une de ses maîtresses. Trois folles journées se préparaient, début novembre 1723.

C’était compter sans le virus de la variole, qui rôdait à Paris depuis l’automne. Il fit, cette année-là, 14 000 morts dans la capitale. En France, tout au long du XVIIIsiècle, 50 000 à 80 000 personnes mouraient chaque année de ce qu’on appelait « la petite vérole ». Elle contaminait jusqu’à 80 % de la population, n’épargnant aucune classe sociale. Quand la variole ne tuait pas, elle défigurait : la peau pouvait rester grêlée d’un « mouchetage de pustules », comme écrira plus tard Voltaire.

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A peine arrivé au château, une forte fièvre l’expédia au lit. Son hôte, contaminé aussi, se remit vite. Le futur philosophe passa plusieurs jours entre la vie et la mort. Le docteur Gervasi, qui venait de combattre la peste au Gevaudan, fut appelé. Il infligea à Voltaire, qui n’avait pas une forte constitution, quantité de saignées et de purges. Il fit surtout ingérer à son estomac fragile pas moins de deux cents pintes (deux cents litres environ) de limonade…

Un prêtre fut appelé. Le jeune libertin se confessa. Heureusement, le médecin inspirait confiance, et « l’espérance de guérir est déjà la moitié de la guérison », dira le patient rétabli. Voltaire parvint donc à survivre au virus, et aux traitements (il mourra en 1778). Avant de quitter en chancelant, au bout d’un mois, sa chambre surchauffée, il écrivit quelques vers. Pour remercier son hôte et ses amis, notamment le brave Thiriot, venu le soutenir en bravant la contagion. Pour rappeler sa flamme à son actrice préférée…

Du pus prélevé sur un malade

Jamais, par la suite, Voltaire n’oublia la variole ni le combat à mener pour la réduire. La XIe de ses Lettres philosophiques, rédigées durant son séjour à Londres (1726-1728), publiées en 1734, s’intitule « Sur l’insertion de la petite vérole ». Elle prend la défense de l’inoculation, ancêtre des vaccins, importée d’Orient par Lady Mary Montagu. Pour créer une immunité, on incisait la peau, du bras ou de la jambe, pour y mettre un peu de pus prélevé sur un malade. A la différence de la vaccination, qui utilisera ensuite le truchement des vaches, cette méthode se servait de prélèvements humains. Avec succès. Et quelques échecs – 1 à 2 % de morts – qui fortifiaient des réticences religieuses ou conservatrices.

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