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Olivia Jade Giannulli et sa sœur ont été aperçues à une fête avec des amis pour les célébrations du 4 Juillet à Malibu, en Californie, rapporte le magazine People. Fin juin, le New York Post et US Weekly (entre autres) s’interrogent avec fièvre : Olivia Jade, 19 ans, s’est-elle remise avec son ex ? Le jeune homme vient de poster une vidéo sur Instagram le montrant en train de lui faire un bisou sur la joue… A la même période, on a vu la jeune fille faire du shopping au Ikea de Burbank, près de Los Angeles, grâce à des images récupérées par l’usine à potins TMZ. De son côté, Hollywood Life se vante «d’avoir la photo exclusive d’Olivia et sa sœur dans une pharmacie»… Pendant plusieurs années, Olivia Jade a surtout été connue des ados avides de ses vidéos beauté ou mode sur YouTube, et pour sa qualité de «fille de» – sa mère est l’actrice Lori Loughlin, tête d’affiche de la sitcom familiale la Fête à la maison, et son père le styliste Mossimo Giannulli. Mais depuis mi-mars, l’implication de ses parents dans le scandale des admissions à l’université a fait de la jeune influenceuse de la chair à tabloïds. A peine «célébrité d’Internet», comme la désignent les articles, la star de rien a aujourd’hui l’aura d’une star déchue, dont la moindre sortie publique régale le mauvais papier glacé.

Olivia Jade capture d' écran compte instagram Olivia Jade

Capture d’écran Instagram.

Olivia Jade qui se lave les dents. Olivia Jade qui tartine du cream cheese sur son bagel. Olivia Jade qui se maquille, fait de la gym, conduit, boit un smoothie kale-avocat… Après avoir passé son adolescence perfusée aux selfies pour bâtir sa communauté d’abonnés en ligne et attirer les marques, Olivia Jade essaye aujourd’hui de disparaître. Elle a même décidé de s’absenter des réseaux sociaux. Elle n’a rien posté sur Instagram (1,4 million d’abonnés) du 21 mars au 29 juillet, date de son retour avec un post en l’honneur de l’anniversaire de sa mère. Quant à sa dernière vidéo sur YouTube (2 millions), elle date du 11 mars. Depuis l’âge de 14 ans, la jeune femme y montrait face caméra son visage parfait de princesse Disney une à deux fois par semaine. Sur sa chaîne, elle détaillait sa «morning routine» – les 22 produits cosmétiques qu’elle s’applique, dit-elle, tous les matins -, prodiguait ses «conseils pour être bling-bling avec un petit budget», déballait ad nauseam des paquets remplis de vêtements ou de maroquinerie de luxe, dans sa chambre immense ou dans l’une des salles de bain de la villa familiale de Bel Air, quartier huppé de Los Angeles. Mais également, des vlogs (des blogs vidéo) narrant sa remise de diplôme, un week-end au festival Coachella ou bien une virée à New York pour la Fashion Week. Une chronique vidéo de son quotidien où se mélangent vie publique et vie privée, où tout est presque vrai et spontané et, en même temps, complètement faux et mis en scène. Olivia Jade vivait dans une réclame sans fin.

Capitaliser sur  le voyeurisme du public américain

Elle n’a jamais hésité à capitaliser sur le voyeurisme du public américain pour la notoriété de ses parents, invitant souvent sa mère, parfois son père, dans ses photos et ses vidéos. Elle a mis en scène leur complicité, l’intimité de la vie de famille, au pied du sapin à Noël, au bowling ou en vacances ; étalé sa vie de jeune socialite ultraprivilégiée de la côte Ouest ; montré sa proximité avec d’autres youtubeurs et quelques célébrités. Le cocktail a fonctionné : elle est parvenue à monétiser ses millions d’abonnés grâce à des partenariats avec de nombreuses marques de cosmétiques et de vêtements (Sephora, Glossier, Estée Lauder, Lulus…), postant régulièrement des contenus sponsorisés sur les réseaux sociaux.

Mais pour Olivia Jade, tout s’effondre le 12 mars. Ce jour-là, ses parents, ainsi qu’une cinquantaine de riches Américains, sont inculpés dans une affaire de fraude et de corruption afin de faire entrer leurs enfants dans d’illustres établissements du supérieur ou dans les universités de Californie, Yale, Stanford ou Georgetown. Selon le FBI, qui a mené l’enquête pendant plusieurs mois, 25 millions de dollars (22,7 millions d’euros) de pots-de-vin ont été payés à un intermédiaire, le consultant éducatif William Rick Singer. Lequel soudoyait à son tour des examinateurs afin que les élèves concernés aient de meilleures notes aux tests d’évaluation pour entrer dans ces établissements d’élite, ou certains coachs de leur lycée pour qu’ils truquent leur dossier sportif.

Le couple Loughlin-Giannulli est accusé d’avoir payé 500 000 dollars (453 000 euros) à Singer pour permettre à leurs filles, Olivia Jade et sa sœur aînée, Isabella Rose, d’intégrer l’université de Californie du Sud (USC). Cette dernière les a pour l’instant suspendues. Leurs parents ont plaidé non coupable. Ils sont également visés par des inculpations de blanchiment d’argent et risquent jusqu’à quarante ans de prison. Libérés après le paiement d’une caution de 1 million de dollars chacun, ils ne doivent pas comparaître avant plusieurs mois.

Olivia Jade Giannulli n’est pas citée dans l’acte d’accusation et les enquêteurs du FBI ont assuré que les enfants concernés n’étaient pas au courant des manigances parentales. Mais la jeune fille, sa relative célébrité et sa très importante présence en ligne depuis des années se sont retrouvées au cœur du scandale. Ajoutez à cela une chute rapide – dans les jours qui ont suivi les révélations, elle a perdu tous ses partenariats publicitaires – et de possibles tensions avec ses parents (la jeune fille a quitté la demeure familiale pour s’installer dans son propre appartement). Du pain bénit pour ses détracteurs. «Elle est très en colère contre ses parents parce qu’elle leur avait dit qu’elle ne voulait pas aller à l’université et qu’ils l’ont quand même poussée, glisse « un proche » dans Entertainment Tonight. Sa carrière la passionnait, elle travaillait, tout se passait bien, mais ça n’était pas suffisant pour eux. Maintenant, elle est dévastée parce que tout ce qu’elle a construit a implosé sous ses yeux. Elle a l’impression qu’ils ont tout ruiné.»

Olivia Jade capture d' écran compte instagram Olivia Jade

Capture d’écran Instagram.

Pour ne rien arranger, bien avant que le scandale n’éclate, Olivia Jade avait tenu des propos malheureux sur son entrée à l’université, en août. «Je ne sais pas à combien de cours je vais aller, mais je vais parler aux doyens et à tout le monde et j’espère que je vais réussir à trouver un équilibre entre tout ça», avait-elle affirmé, expliquant qu’elle allait devoir jongler entre les études et sa casquette d’influenceuse. «Mais je veux vivre l’expérience des matchs et des soirées», expliquait-elle dans une vidéo intitulée «Tout ce que vous devez savoir sur moi (les garçons, l’université, les youtubeurs)». «Je ne m’intéresse pas vraiment à l’école, mais vous le savez déjà.» En plus d’exhumer ces propos, la presse américaine n’a pas oublié de mentionner que son premier semestre de cours à l’USC commençait le 20 août ; le lendemain, elle annonçait sur Twitter qu’elle venait d’arriver aux îles Fidji, «pour le travail», précisera-t-elle plus tard.

«Honte à toi d’avoir pris la place d’un étudiant méritant»

Comble du cas Giannulli : peu motivée pour les études, elle n’avait pas manqué de faire de son entrée à l’université un sujet pour ses abonnés (nouveau décor, nouvelles thématiques). Mais également un argument commercial, une nouvelle facette de la marque Olivia Jade à faire fructifier auprès des annonceurs. Elle avait, par exemple, décroché un contrat avec Amazon pour le lancement de son service Prime Student. Le géant de la distribution en ligne lui avait gratuitement équipé son dorm, sa chambre sur le campus d’USC – meubles, déco, rien d’ostentatoire, tout pour que ses followers puissent s’identifier à elle -, qu’elle avait ensuite présenté dans une vidéo YouTube et dans des posts sponsorisés sur Instagram. «Officiellement étudiante à l’université ! précisait-elle dans la légende. J’ai emménagé dans mon dorm il y a quelques semaines et je l’adore. J’ai obtenu tout ce dont j’avais besoin d’Amazon avec Prime Student, et j’ai tout reçu en seulement deux jours.»

Olivia Jade Giannulli n’a pas remis les pieds dans son dorm depuis les révélations de mi-mars et a indiqué qu’elle ne comptait pas reprendre l’université. Ce post pour Amazon, comme d’autres contenus sponsorisés, a depuis été effacé. Face à l’avalanche d’insultes, Olivia Jade a également dû désactiver les commentaires sur YouTube et Instagram. Après avoir étalé ses privilèges, les révélations sur les tricheries parentales et la corruption du système en ont agacé plus d’un dans un pays où les inégalités explosent, où la mobilité sociale est quasi inexistante et où les jeunes Américains s’endettent pendant plusieurs décennies pour pouvoir régler les pharaoniques frais universitaires. Aujourd’hui, la dette étudiante, qui concerne environ 45 millions d’Américains, s’élève à 1 600 milliards de dollars (1 448 milliards d’euros). Sur Twitter, les commentaires en réponse à la dernière vidéo d’Olivia Jade donnent le ton : «Honte à toi d’avoir pris la place d’un étudiant méritant» ; «Est-ce que tu as une version rayée de cette chemise et ce pantalon ? Ta maman en aura besoin en prison.»

Jeudi Banksy


Isabelle Hanne correspondante à New York

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