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La nouvelle de la disparition de Christiane Menasseyre lundi, va attrister des milliers de professeurs de philosophie. Ils lui doivent pour beaucoup la pérennité en France d’un enseignement philosophique de la philosophie, inséparable de toute démarche citoyenne démocratique et laïque. Brillante professeure en terminale, puis en classes préparatoires aux grandes écoles et à l’Institut d’études politiques de Paris, elle a trouvé le temps d’écrire de belles choses sur Montesquieu, la philosophie italienne, la situation des femmes françaises, l’enseignement du fait religieux, ainsi que de magnifiques hommages à Alexis Philonenko, André Tosel, Dina Dreyfus ou François Dagognet et bien d’autres. Elle aurait pu de toute évidence produire une œuvre plus considérable si elle n’avait décidé – et elle confiait que cela ne fut pas facile – de consacrer l’essentiel de sa vie à l’institution philosophique et à celles et ceux qui lui donnent vie chaque jour partout dans le pays. Elle devint ainsi inspectrice régionale de cette matière, puis inspectrice générale et enfin doyenne de cette inspection. Nul mieux qu’elle n’a su incarner à la fois la défense républicaine des institutions éducatives, et le profond respect des professeurs.

Les ministres de l’Education nationale qui s’aventuraient à mépriser les enseignants de philosophie, à sous-estimer leur capacité à éveiller chez les élèves de tous milieux de grandes possibilités réflexives, à remettre en question sous divers prétextes la belle tradition française de cet enseignement, ont trouvé en elle un barrage inflexible dont elle tirait la force de sa relation intime avec la grande masse des professeurs. Claude Allègre ou Luc Ferry en firent les frais, ce dernier allant jusqu’à tenir contre elle des propos aussi indignes que violents qui provoquèrent une protestation publique de l’ensemble des associations de professeurs de philosophie. Soucieuse de les consulter pour toute réforme des programmes, c’est avec eux qu’elle travaillait et innovait, ce qui a permis d’enraciner en profondeur l’esprit de cet enseignement.

Parmi ses successeurs, si certains comme Christian Souchet ou Souâd Ayada s’inspirèrent de cette démarche, bien d’autres, moins familiers sans doute avec la vie quotidienne de l’enseignement philosophique, tentèrent vainement d’agir contre celles et ceux dont c’est le métier exigeant. Quelques semaines avant sa disparition, Christiane Menasseyre se réjouissait encore une fois que certains projets de programme de philosophie aient été finalement remis en cohérence avec l’essence de cet enseignement, tout en redoutant les graves conséquences prévisibles de la disparition de la filière littéraire au lycée. Avec elle s’envole une authentique âme philosophique.


Jean-Paul Jouary philosophe

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