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Publié hier à 23h53, mis à jour à 05h29

Vers 1906, Pieter Cornelis Mondriaan, né en 1872 à Amersfoort (Pays-Bas) est un assez jeune peintre néerlandais qui cultive le plein air sur des motifs typiques : fermes, arbres, étangs, canaux, mer et moulins.

A mesure qu’il découvre ce qui s’est passé en France depuis les années 1870, de Monet à son compatriote Van Gogh, il évolue vers un traitement plus synthétique des formes par touches plus larges et longues et vers des couleurs plus intenses. Mais, à cette date, alors que Matisse et Derain sont les fauves, ce style n’a rien de révolutionnaire.

En 1913, à Paris, Piet, devenu Mondrian en supprimant un a, peint le Tableau n1 ou la Composition no 2, constructions de surfaces d’ocres et de gris légèrement bleutés ou rosés. Elles sont définies par des lignes noires verticales et horizontales, plus rarement obliques ou courbes. Celles-ci sont tantôt continues et créent une grille ; tantôt incomplètes, laissant la couleur fuir sur les côtés. Guillaume Apollinaire y reconnaît un « cubisme très abstrait » et précise que « Mondrian, issu des cubistes, ne les imite point. Il paraît avoir avant tout subi l’influence de Picasso, mais sa personnalité reste entière ».

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Contraint par la guerre de demeurer aux Pays-Bas de 1914 à 1919, Mondrian y peint à partir de 1916 des compositions faites de traits verticaux et horizontaux noirs se coupant à angle droit et intègre à sa géométrie des carrés et des rectangles, chacun d’une seule couleur pure. Apollinaire, mort en novembre 1918, n’a pas vu combien la Composition avec des plans de couleurs de 1917 ou la Composition dans le carreau avec lignes grises de 1918 lui donnaient raison : Mondrian est passé par le cubisme, mais pour aller ailleurs.

Des moyens plastiques nouveaux

Reste à comprendre comment, en une demi-douzaine d’années, un paisible paysagiste se mue en abstrait rigoureux, au risque d’y perdre réputation et amateurs.

En raison de sa découverte du cubisme à Paris en 1912 ? L’explication est nécessaire, mais insuffisante. Nombreux alors sont les convertis au cubisme. Ils peignent des natures mortes – Juan Gris –, le paysage parisien – Robert Delaunay –, des hommes machines – Fernand Léger –, un cycliste – Jean Metzinger. Les futuristes demandent aux angles brisés les moyens de suggérer le mouvement. Mais ils conservent la guitare, la tête de l’homme, la roue du vélo et la tour Eiffel. Pas Mondrian : dès 1913, il ne consent plus à l’arbre et à la façade que d’infimes allusions, disparues dès l’année suivante.

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