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C’est un premier film et, lorsqu’un premier film a aussi visiblement le trac, nul n’a envie de l’éreinter. Les Baronnes est un succédané des Veuves, sorti l’an dernier (mais écrit probablement avant le McQueen) en moins arty et plus éteint. C’est un film peu subtil, appliqué, maladroit. Mais moins assommant, long, crâneur. Pour des films au discours censément féministe, aux mecs supposés être raillés ou du moins écartés, c’est raté : la féminisation de genres réputés mâles – comme le film de gangsters – mais ne prenant la peine de rien déplacer ou relancer de l’exercice.

Résultat : un tas de poncifs «puissance meuf». Ici, le sommet d’émancipation pour une femme, en 1978 ou en 2018, c’est de devenir comme son mari mis de côté, de prendre sa place, de gangster, de mafieux, et de s’atteler à la tâche familialiste-criminelle avec le même esprit de sérieux que dans un Coppola ou un Scorsese.

La force, dans le néo-genre du «girls with guns and guts» (on dit aussi «badass» mais c’est moins joli à l’oreille), de films comme Ocean 8 ou l’Ombre d’Emily, était au contraire de tabler sur la comédie et de manier l’ironie, dans la conscience d’arriver «après» (les modèles masculins), tout en ressuscitant, en sous-main, les pionnières de la screwball comedy des années 30, qui furent les premières femmes libres (et spirituelles) au cinéma.

Bigoudis

Grand casting, pourtant, au trio idéalement pensé et décalé, Elisabeth Moss, Tiffany Haddish, Melissa McCarthy, chacune vue et admirée dans Her Smell, Back to School et les Faussaires de Manhattan, respectivement, cette année. Le problème, c’est que nos trois drôles de dames, même émancipées d’un Charlie (à voir), ne sont pas drôles. Demander à de telles actrices, qui d’une moindre expression exsudent l’effet maximal, comique, grotesque, pince-sans-rire ou animal, de rester le plus souvent coites et impassibles, boucles bigoudis et mise en plis impec, est une mauvaise idée.

Il y a certes une bizarrerie inspirée dans cette réalisation pusillanime, dans son classicisme terrifié (de trac), mais le film ne sait pas sur quel pied danser, de la comédie décalée de gangsters au féminin ou du drame sérieux sur la dureté (d’être) des femmes (de gangsters). La mère de deux enfants, stoïque, plan-plan et soumise à son mari comme à sa famille (McCarthy), la traîtresse à sa communauté qui s’amourache d’hommes blancs et bad boys de surcroît (Haddish), la femme au foyer battue qui a soif de vengeance et justifiera par là tout et n’importe quoi (Moss) : malgré les éminentes trois comédiennes, les figures restent contraintes, pas assez dessinées, êtres de papier. Comme il y a le «cinéma filmé», type les Veuves donc, les Baronnes appartient à une autre catégorie, complémentaire à la première car lui tenant les coudes, le «scénario filmé».

Bouche bée

Il faut parler de ce plan – dont on aurait du mal à dire l’origine, à situer la première apparition connue – de personnages qui, leur affaire faite, tournent le dos à leur vis-à-vis décontenancé voire bouche bée, et sortent du champ en le traversant latéralement sourire aux lèvres, adresse de triomphe implicite pour la caméra. Les Baronnes les multiplie, on ne sait trop pourquoi. Effet de coda ou transition de débutant entre deux scènes ? Et comment nommer la figure ? Sortie de champ en crabe ?


Camille Nevers

Les Baronnes d’Andrea Berloff avec Melissa McCarthy, Tiffany Haddish, Elisabeth Moss… 1 h 42.

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