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Une gigantesque toile du photographe Stéphane Couturier recouvre la façade est du donjon du château de Belcastel.

Lorsqu’il découvrit, niché dans les anfractuosités des reliefs aveyronnais, le château de Belcastel, Fernand Pouillon n’imaginait pas que c’est là, seize années plus tard, qu’il rendrait son dernier souffle. Construit à flanc de montagne entre les IXe et XVe siècles, l’édifice n’était plus que ruines. Mais l’ensemble qu’il formait avec les maisons du village implantées à ses pieds l’a immédiatement conquis. C’était en 1973.

Un an plus tard, ce grand bâtisseur se lançait à ses frais dans un chantier de restauration qui devait durer huit ans, où s’exprimerait mieux que nulle part ailleurs peut-être cette conception de l’architecture qui était la sienne, à la fois humble et mégalomane, ancrée dans la tradition et affranchie des conventions.

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Fernand Pouillon avait beau avoir été amnistié par Pompidou en 1971, son nom restait associé au scandale du CNL (Comptoir national du logement), l’entreprise de promotion immobilière qu’il avait créée pour développer son activité en région parisienne, dont la faillite retentissante l’avait conduit en prison, et sa personnalité à l’image du flambeur que la presse lui avait taillée à l’époque et qu’une évasion à la corde digne d’un héros de roman d’aventures allait un peu anoblir par la suite… Radié de l’Ordre des architectes en 1961, l’homme concentrait depuis son activité en Algérie, pays d’adoption dont il avait embrassé les coutumes et la culture et très tôt soutenu le désir d’indépendance.

De ce château qu’il avait acheté pour 150 000 francs (20 000 euros), Pouillon entendait faire sa résidence secondaire. A mesure que les travaux avançaient, qu’il rachetait les maisons alentour en développant des rêves de revitalisation de tout le village – qui a depuis acquis le label de « plus beau village de France » –, il y a installé son agence. Et finalement son tombeau. Hospitalisé à Paris pour un cancer arrivé en phase terminale, l’architecte s’y fit transporter pour vivre ses derniers jours. Il repose aujourd’hui en contrebas dans une tombe anonyme mangée par les herbes folles mais directement visible depuis une fenêtre du château. Dans son esprit, cet axe devait le relier à jamais à la femme qu’il aimait.

Polarités visionnaires

C’est avec Heidi Leigh, la galeriste américaine qui a racheté le château avec son mari en 2005, qu’il est aujourd’hui en ligne directe. Et avec les visiteurs du site où se tient cet été une exposition dédiée à sa mémoire.

Pièce maîtresse de l’événement, une gigantesque toile réalisée par le photographe Stéphane Couturier recouvre la façade est du donjon d’une représentation de la tour de Diar Es-Saada, cité de logements livrée par Pouillon à Alger en 1954. En installant dans ce paysage sauvage son rêve de monument à la gloire du peuple, en raccordant le tumulte de la ville méditerranéenne au silence minéral du sud du Massif central, ce jump cut fusionne génialement les polarités visionnaires de Pouillon.

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