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En mai 2019, à la surprise générale, Jean-Michel Aulas, le président de l’Olympique lyonnais, accordait sa confiance au duo brésilien Juninho, nouveau directeur sportif du club, et Sylvinho, premier étranger à prendre sa place sur le banc des Gones depuis le Serbe Vladimir Kovacevic au début des années 1980. Pour succéder à Bruno Génésio, « apporter un regard neuf » en vue d’une reconquête de la Ligue 1 archi-dominée par l’ogre parisien, les dirigeants lyonnais se sont donc tournés vers la spectaculaire école brésilienne. « La samba brésilienne a quand même coïncidé avec des jours fantastiques pour l’OL », s’est justifié, entre nostalgie et espoir, Jean-Michel Aulas.

Lyon, déjà vainqueur de la finale de la Coupe du monde

Au sein de la Ligue 1, dont le championnat redémarre vendredi 9 août, quatre clubs du Top 5 sont dorénavant dirigés par un technicien étranger. Du jamais vu. Outre Lyon, Marseille, qui a écarté Rudy Garcia après une saison décevante, a misé sur le portugais André Villas-Boas ; le Paris-Saint-Germain a maintenu sa confiance à l’Allemand Thomas Tuchel ; et l’AS Monaco va tenter de redorer son blason sous l’impulsion du Portugais Leonardo Jardim. Seul Lille fait exception avec Christophe Galtier.

« Les entraîneurs qui ont exercé au plus haut niveau sont les bienvenus en France »

En mal de résultats sur la scène européenne, l’élite du foot français rechercherait une nouvelle expertise, un savoir-faire capable d’allier beau jeu et rigueur. « Les entraîneurs qui ont exercé au plus haut niveau sont les bienvenus en France », réagissait Raymond Domenech, président du syndicat des entraîneurs français (Unecatef), en 2016, au moment de la signature de l’Italien Claudio Ranieri à Nantes. « C’est une bonne chose pour la Ligue 1 », estimait-il, tout en soulignant « que les grands entraîneurs français sont également capables d’entraîner à l’étranger ».

Les pelouses, talon d’Achille de la Ligue 1

Mais, dépassées par des maîtres tacticiens portugais, italiens, espagnols, argentins et allemands, qui ont mieux appréhendé l’évolution du football moderne et son niveau d’intensité très élevé, les grandes figures du football tricolore n’ont plus la cote. Il est loin le temps où Arsène Wenger, Jean Tigana ou Gérard Houiller faisaient le bonheur de la Premier League anglaise. Depuis son départ de Paris en 2015, Laurent Blanc n’a jamais rebondi dans un club à sa dimension.

La liste des techniciens tricolores mis au chômage forcé s’est encore allongée cet été. Rudy Garcia, Antoine Kombouaré, Claude Puel n’ont trouvé aucune porte de sortie, tandis que Sabri Lamouchi a dû se contenter de Nottingham Forrest, qui végète en deuxième division anglaise. Un temps courtisé par Newcastle, Bruno Génésio a rallié la Chine, pour une courte pige de six mois à Pékin. « C’est le signe d’une raréfaction des entraîneurs français en France et à l’étranger, où seul Zinedine Zidane (Real Madrid) officie dans un grand club européen », constate Jean-François Brocard, économiste du sport au Centre d’économie et du droit du sport à Limoges.

De nouveaux réseaux d’influence

Pour expliquer ce phénomène, ce chercheur met en cause des raisons liées à l’accélération du foot-business et du phénomène de globalisation du ballon rond : « Le management des clubs, s’étant internationalisé, les nouveaux propriétaires nomment des directeurs sportifs étrangers qui veulent faire affaire avec leurs propres réseaux », constate-t-il.

Depuis le milieu des années 2010, la médiatisation grandissante de la Ligue 1, la future envolée des droits télévisés, qui assurera aux 20 clubs de l’élite une manne plancher d’au moins 60 millions d’euros par an, la grande qualité de la formation française de joueurs, ont attiré des agents influents. Parmi eux, le Portugais Jorge Mendes, représentant de José Mourinho mais qui a aussi ses entrées à Lille ou Monaco.

Sa présence régulière au stade Pierre-Mauroy de Lille en fin de saison dernière a d’ailleurs alimenté les rumeurs d’un départ prématuré de Christophe Galtier, l’une des dernières valeurs sûres de l’école française. Au moindre faux pas, aucun cadeau ne sera fait à l’entraîneur nordiste, qui avait remis de l’ordre dans la maison lilloise après le licenciement de l’Argentin Marcelo Bielsa.

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L’OGC Nice bientôt sous pavillon anglais

L’appétit des investisseurs étrangers pour le championnat de France grandit. Mis à part Lyon, Montpellier, Saint-Étienne ou Rennes – propriété de la famille Pinault –, les principales écuries du championnat de France appartiennent à des groupes financiers américains, qataris ou chinois qui n’ont pour la plupart pas grand-chose à voir avec le football. Jim Ratcliffe, le richissime magnat britannique du pétrole, qui détient déjà l’équipe cycliste Ineos, vient de jeter son dévolu sur l’OGC Nice et a finalisé les derniers détails de l’acquisition avant le début du championnat. La question du sort réservé au champion du monde Patrick Vieira, qui entraîne l’équipe première depuis l’été dernier, se pose déjà.

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