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Matthias Sindelar, le « Mozart du football », vers 1932

« L’Homme qui n’est jamais mort », d’Olivier Margot, JC Lattès, 200 p., 20 €, numérique 15 €.

L’Homme qui n’est jamais mort est un roman historique. Question d’écriture, de convictions, d’ampleur de vue. Olivier Margot restitue le destin véritable de Matthias Sindelar (1903-1939) : « Alors il comprend qu’il est né du mauvais côté, celui des pauvres. »

Matthias Sindelar, « l’homme de papier », « le Mozart du football », brillant avant-centre de l’Austria Wien, et de la sélection autrichienne entre 1931 et 1938, redoutable courant d’air, crée avec une équipe de gueux inspirés, tous fils d’ouvriers, un style sans précédent.

Sindelar est né en Moravie. Sa famille immigre en 1908 à Vienne. S’installe à Favoriten, le quartier des juifs et d’un lumpenprolétariat dont Sindelar, piloté par l’instituteur Karl Weimann, sera l’emblème. Dans l’élan, il devient très vite le héros des poètes, physiciens et artistes, la liste est célèbre, de Vienne la rouge.

Autour de sa capitale, l’Autriche s’enfonce dans son conservatisme au front bas. Le Reich voisin, lui, arme sa violente « remontada » – l’adhésion au nazisme se prouve par le zèle antisémite. Ce qui dépasse de loin le foot et les exploits de la Wunderteam.

Passes courtes, solidarité prolétarienne

« L’équipe des merveilles » de Sindelar (président : Michl Schwarz ; capitaine : Josef Blum) tient sa morale de l’entraîneur Hugo Meisl, juif lui aussi, issu de Bohême. Passes courtes, raffinement, intuitions fulgurantes, solidarité prolétarienne, telle est sa charte. En 1931, l’équipe de Sindelar a battu l’Allemagne par 6 à 0. De 1931 à 1938, elle étrille les plus grandes équipes européennes. Partout, on vient la voir pour la joie du jeu…

Olivier Margot, déjà auteur du Temps des légendes (JC Lattès, 2017), ressuscite ce mythe trop réel. Filiforme, Sindelar impulse un football romantique, un foot artiste, un foot pensé, qui sidère. Bientôt, Franco, Mussolini et Hitler seront sélectionnés en Coupe du monde. L’idéal de « socialisme municipal », incarné par la Wunderteamsur fond de guerre civile autrichienne (qui culmine en février 1934), tourne au cauchemar.

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Le foot ne serait pas votre tasse de moka ? La grande machinerie du foot se rechargerait-elle ce soir, à blanc ? Matchs à huis clos dans des temples aussi creux qu’un ballon crevé sur la plage… Finance aux abois, enjeux internationaux, stars en déroute ? L’Homme qui n’est jamais mort s’impose.

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