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La tendance des locavores est présente jusque dans les supermarchés.
La tendance des locavores est présente jusque dans les supermarchés. (RICHARD BRUNEL / MAXPPP)

L’adjectif « local » symbolise désormais l’aspiration des sociétés à un changement de mode de vie. Le mot était déjà bien présent dans les médias avant le coronavirus, mais sort de cette crise encore un peu plus populaire. 

franceinfo : Mariette Darrigrand, vous êtes sémiologue spécialisée dans l’analyse du discours médiatique et dirigeante du cabinet Des faits et des signes. « Local » porte aujourd’hui des valeurs, des envies. C’est une évolution très récente à l’échelle du grand âge de ce mot.

Mariette Darrigrand : Dans la langue latine comme dans la langue courante actuelle, est locale tout ce qui peut se référer à un « locus », c’est-à-dire un lieu. Mais effectivement, depuis une dizaine d’années, c’est l’émergence des questions écologiques et l’idée d’économie circulaire qui a amené cet adjectif à devenir aussi un nom, “le local”. Il est aussi revenu par l’anglais avec “local farming”, pour parler d’une agriculture raisonnée en circuit court.

On parle même de locavores pour désigner ceux qui ne mangent que ce qui est produit près de chez eux. Le mot a aussi pris beaucoup de poids politique récemment. Dans la crise du coronavirus, les collectivités locales ont rappelé leur importance face à l’État central. Et puis, après des décennies de délocalisation, on entend désormais beaucoup parler de “relocalisation”.

Sur le plan du langage, l’action de « relocaliser » est comme une version moderne du vieux verbe « rapatrier ». Cela pose la question cruciale de l’échelon de ce retour. Se fera-t-il vers la patrie uniquement ? Ou bien ce local sera-t-il ouvert sur le global ?

Se relocaliser va-t-il revenir à se refermer ? C’est un débat incarné par un autre dérivé du mot, le localisme.

Un terme forgé au cours du XXe siècle dans le monde anglo-saxon. C’est une doctrine prônant le retour au local mais accusée par certains d’être récupérée par le populisme et le nationalisme.

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