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Pour la rentrée littéraire, l’auteure et membre du groupe pop Catastrophe publie son deuxième roman. Nous l’avons rencontrée.

Après L’abandon des prétentions (2017, Fayard), portrait remarqué d’une prof retraitée inspirée de sa mère, l’auteure et chanteuse Blandine Rinkel signe un deuxième roman chez Fayard, Le nom secret des choses.

A 18 ans, Océane quitte Saint-Jean-des-Oies pour la capitale, où elle se confronte à un monde différent de celui qu’elle a toujours connu. « Dans les PMU, le soir tu discutes. La fatigue, comme une grosse veine qui palpite dans ta tête, te désinhibe. A cette époque, tu peux encore tout à fait te perdre toute la journée dans Paris, toile d’araignée, piège de soie qui te capture« . Jeune fille qui se cherche encore, issue de la classe moyenne, elle se retrouve à côtoyer la bourgeoisie parisienne.

Ces rencontres sont pour elle une découverte mais suscitent également un malaise, un sentiment d’infériorité et d’insuffisance. « Elle se trouve idiote à toujours poser des questions et elle se demande pourquoi eux ne posent pas de questions, pourquoi ils ont l’air de savoir », nous explique Blandine Rinkel « Alors peut-être qu’ils ne savent sans doute pas plus, c’est une grande hypothèse du livre. Mais ils ont appris dès l’enfance à simuler savoir« . Alors Océane cherche à se « doubler » pour se fondre dans le moule, craignant d’être démasquée au détour d’une partie de Trivial Pursuit. « Le Trivial t’inquiétait. Pire, te menaçait. Tu redoutais ton ignorance, qu’elle devienne soudain notoire« .

A la fac, elle rencontre Elia, une jeune fille de son âge au tempérament de feu. Dès le premier regard, Océane a le coup de foudre, « l’impression qu’à ses côtés les nuages changeraient de couleur« . Cette rencontre sonne le début d’une amitié tumultueuse. « Il y a des amitiés extrêmement fortes, enivrantes et troubles, auxquelles la littérature semble moins s’intéresser qu’à l’amour. Il peut y avoir des relations d’amitié passionnées, éperdues, éprouvantes qui peuvent vous faire vaciller intérieurement jusqu’à vous faire douter de votre propre identité« , avance Blandine Rinkel. Elle-même en conflit avec son identité, Elia va donner à Océane « le goût des métamorphoses« . L’auteure raconte avec poésie les personnages évoluer, se transformer, puis finir par nous échapper. « Quand on écrit un roman, il y a toujours la tentation de faire des personnages des concepts. Dans la vie, les gens ne sont pas comme ça« , affirme Blandine Rinkel.

Le nom secret des choses rend compte d’un âge où tout vacille. Où l’on se découvre dans les rues d’une ville inconnue ou dans les yeux d’une amie. Le roman débute par un « tu » distant, comme quand on parle à quelqu’un d’autre ou à un soi révolu. L’auteure nous explique : « il faut en passer par beaucoup de rencontres, beaucoup d’erreurs, de sentiments de se tromper, de sentiments d’imposture, avant d’arriver à dire et à assumer un ‘je’« . Le parcours d’Océane est ainsi celui d’une progressive révélation d’elle-même. Une démarche qui va l’amener à refondre l’essence même de son identité : son prénom. Blandine Rinkel, qui a elle-même entrepris cette démarche dans le passé, en sait quelque chose : « Cela soulage de changer de prénom, je le conseille à tous une fois dans sa vie.« 

Blandine Rinkel, Le nom secret des choses. 2019
Blandine Rinkel, Le nom secret des choses. 2019 (Fayard)

Le nom secret des choses, Blandine Rinkel (Fayard – 304 pages – 19 €)

« Dans ton esprit d’alors, ce n’était pas une barrière sociale, pas une séparation géographique non plus – en trois heures, depuis Saint-Jean-des-Oies on atteignait la capitale – pas plus une barrière professionnelle qu’économique, mais bien une barrière surréelle. Et c’est cette impression de magie, impression qui ne pouvait ni ne voulait alors être décortiquée en déterminismes sociaux divers, que tu ne parvenais ni à transmettre ni à partager avec tes nouveaux amis. S’ils comprenaient la situation, c’était toujours à travers un prisme bourdieusien, rationnel, politique, et les voilà qui, par égard, par intelligence, sans penser à mal, citaient Godard et les Pinçon-Charlot, références de gauche attestées et désirables dans le milieu, et tu ne parvenais pas à leur faire comprendre ceci : leur constante référence à Bourdieu te semblait la première des ‘violences symboliques’. Les mots exacts dont ils disposaient pour nommer la lutte des classes, quand ton père n’en connaissait pas même le début de l’existence, ne faisait que la reproduire. »

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