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Ajoutée le 8 avr. 2020

La pandémie mondiale du Covid-19 démontre avec une terrible force la nécessité de repenser le multilatéralisme. Pour penser la période contemporaine et l’avenir, nous bénéficions dans cette conférence du 2 décembre 2019 des regards croisés d’une historienne du multilatéralisme, Régine Perron, et d’un diplomate praticien du multilatéralisme à l’ONU, à l’UE et au G7/8, Alain Le Roy. La richesse de ces deux points de vue et expériences est bienvenue pour aborder un sujet d’autant plus essentiel que la France tente de réinventer ce système international, notamment via le Forum de Paris pour la Paix.

Extrait du résumé par Joséphine Boucher pour Diploweb.com

Qu’est-ce que le multilatéralisme ? En 1945, les États-Unis sont désormais une puissance à part entière, économique, financière, militaire et politique. Ils organisent le monde pour établir la paix sur la base d’un système international dont l’armature est le droit international fortement inspiré par la société et le droit américains, lesquels reposent sur la loi, le marché et l’individu. C’est le multilatéralisme. À partir de 1947, dans le contexte de la Guerre froide, il se régionalise : se concentrant d’abord sur l’Europe de l’Ouest dont les institutions naissent alors, les États-Unis ciblent ensuite le Tiers Monde allié (Amérique latine, Afrique, Asie) en créant des institutions régionales qui sont autant de remparts au communisme. Système international pour un et pour tous avec les États-Unis comme pôle dominant, la naissance du multilatéralisme marque alors l’entrée dans le siècle américain. Ce n’est pas une théorie économique comme peut l’être le libéralisme, mais plutôt un système international qui établit un équilibre entre le libéralisme de Smith et l’interventionnisme de Keynes. À une 1re phase d’inspiration keynésienne de 1945 à 1971 fait suite une 2e incarnée jusqu’à aujourd’hui par un courant néo-libéral. Ce système s’appuie sur des institutions multilatérales c’est-à-dire internationales et régionales définies par des principes moraux de non-ingérence, de non-discrimination et de respect des droits de l’Homme. Les pays qui y adhérent sont liés par la réciprocité et l’intérêt mutuel. Afin de réaliser l’ordre au-dessus du chaos, ils se fondent sur une base ternaire et égalitaire : la sécurité et la paix, la prospérité et le bien-être. Ces concepts de base sont omniprésents et dessinent une trame commune aux institutions du multilatéralisme qui, si elles ont pu être à l’origine de réalisations, ont aussi démontré leurs faiblesses. (…) Toutefois, force est de constater que le multilatéralisme souffre aujourd’hui de l’évolution des positions américaine et chinoise. Le retrait américain n’occulte en effet pas totalement leur intérêt pour les instances multilatérales. Était ainsi présente à la COP25 de Madrid non pas le président républicain Trump mais la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi. Quant à l’émergence de la Chine, elle reflète une tendance, celle de l’affirmation de son rôle et de sa position aux Nations Unies. À titre d’exemple, elle est à l’origine de la création d’organisations comme la Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures (2014) ou BAII qui se pose comme véritable concurrente de la Banque mondiale et confirme alors le poids émergent de la puissance chinoise dans le jeu global et dans un multilatéralisme selon ses normes.

Alors, quelles sont les évolutions possibles ou souhaitables du multilatéralisme ? À l’inverse d’une forteresse figée, il s’agit d’un système évolutif, miroir de son époque : keynésien au lendemain de la guerre, néolibéral et en crise aujourd’hui. Critiquées, les institutions multilatérales semblent être dans l’impasse face à des conflits qui s’enlisent, face à la guerre commerciale sino-américaine, face à une Chine ambitieuse voire source d’inquiétudes, et face à la crise climatique et environnementale qui s’impose comme le défi de ce siècle. Dès lors, quelles évolutions envisager ? (…) Pour conclure, ce sont 3 urgences auxquelles le multilatéralisme pourrait ou devrait répondre aujourd’hui : l’urgence sociale et la construction d’une vision à long terme, la mise en place d’une institution phare pour l’environnement, et l’inclusion réelle des pays du Sud dans le système multilatéral. Il en va de l’équilibre et d’une certaine idée de l’ordre mondial, de l’humanité et du sens commun, pour forger un multilatéralisme rénové, plus inclusif et plus ouvert.

Voir le résumé complet sur Diploweb.com rubrique vidéo https://www.diploweb.com/-Video–.html

Images, son, photos et montage : Jérémie Rocques et Pierre Verluise. Une conférence Diploweb.com organisée avec la Prépa ENC Blomet et en partenariat avec le Centre Géopolitique. Résumé pour Diploweb.com : Joséphine Boucher.

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