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En arrivant à l’université d’Amsterdam le 20 novembre, Charles Michel se revoit en jeune étudiant Erasmus sur ce même campus. Des années merveilleuses à l’aube de son parcours d’Européen convaincu. Devant lui, un parterre d’étudiants. L’ancien Premier ministre belge, qui prendra la présidence du Conseil européen le 1er décembre, a dans sa besace une anecdote toute trouvée pour se mettre ce jeune public dans la poche. Il raconte qu’en arrivant à Amsterdam, dans ses jeunes années étudiantes, il achète un vélo d’occasion à une personne dans la rue. « Vous savez ce qui est advenu : deux semaines plus tard, je me le fais voler, poursuit-il. Puis, quelques semaines plus tard, quelqu’un dans la rue m’offre de me vendre un vélo d’occasion et c’était mon vélo  ! Alors, j’ai racheté le même vélo, deux fois. Aujourd’hui, je voudrais faire une annonce : si quelqu’un a mon vieux vélo, j’aimerais l’acheter, une troisième fois  ! »

On ignore si Charles Michel se déplace à vélo dans les rues de Bruxelles, mais on sait qu’à la présidence du Conseil il va devoir pédaler dur, et souvent dans la choucroute. Le premier dossier qu’il prendra en charge est particulièrement épineux : la négociation du cadre financier pluriannuel. En clair, le budget européen pour les sept ans à venir (2021-2027). Première information : la présidence croate, du premier semestre 2020, ne touchera pas à ce dossier ; elle est d’ailleurs peu pressée de s’en occuper. C’est bien le président du Conseil qui fera le tour des capitales et qui proposera un budget au début de l’année prochaine.

L’Allemagne bloque sur son « 1 % »

Les positions sont très antagonistes. Les Allemands n’entendent pas consacrer plus de 1 % de la richesse européenne au MMF (acronyme anglais du budget pluriannuel européen). Ils ne souhaitent pas non plus abandonner le « rabais du rabais », obtenu en 1985 après le rabais britannique, dont ils bénéficient au même titre que les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark. Avec le départ des Britanniques (s’il est confirmé…) de l’UE, la justification initiale du rabais germanique disparaît. « Mais cela ne veut pas dire qu’entre-temps d’autres justifications ne sont pas apparues », fait-on savoir du côté des Allemands, qui plaident que, même avec 1 % du revenu européen, la contribution allemande augmentera de 10 milliards d’euros, ce qui est un effort « considérable ».

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Charles Michel, un allié du président Macron au sein de la famille libérale européenne, aura fort à faire pour améliorer la copie de départ. Il pourra éventuellement s’appuyer sur le Parlement européen, généralement plus généreux. Le Parlement n’a pas le pouvoir de décider du montant, il peut toutefois rejeter, sans le modifier, le projet de budget européen. C’est un levier qui, bien utilisé, peut éventuellement persuader les États membres de se montrer à la hauteur des ambitions que, par ailleurs, ils affichent. Car c’est bien le paradoxe des États membres : quand il s’agit de définir un plan stratégique jusqu’en 2050, ils n’hésitent pas à déployer les grands mots, mais, quand il s’agit de passer à la caisse, les élans sont beaucoup plus timorés. « Autre paradoxe : les mêmes États qui ne veulent pas dépenser plus, voire veulent dépenser moins, sont aussi les plus ardents défenseurs de l’élargissement aux Balkans occidentaux, relève-t-on à l’Élysée. Ce qui suppose d’engager plus de fonds européens pour ces nouveaux adhérents dont aucun ne sera un contributeur net au budget européen. » On cherche là aussi la cohérence…

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La Belgique, « un pays avec 6 gouvernements… et plus de 1 000 bières »

Mais qui d’autre qu’un Belge pour résoudre la quadrature du cercle  ? Charles Michel sait de quoi il parle quand il s’agit de trouver des compromis difficiles. « Je viens de Belgique, un pays avec 6 gouvernements, 7 parlements, 3 langues nationales et plus de 1 000 bières, plaisante-t-il devant les étudiants. En Europe, il existe 8 groupes politiques au Parlement européen, 24 langues officielles et 50 000 marques de bière différentes. Je devrais donc me sentir à l’aise dans mon nouvel emploi. Ça ne sera certainement pas ennuyeux  ! » Charles Michel va devoir débroussailler le terrain miné des « nouvelles ressources propres de l’Union », en plus de celles qui existent (TVA, droits de douane…). Si les États membres ne veulent pas y mettre de leur poche, sur quelles ressources fiscales l’UE pourrait-elle s’appuyer  ? Plusieurs pistes ont été étudiées sans que le débat ait beaucoup progressé à ce jour : une taxe carbone aux frontières de l’UE, une taxe sur les transactions financières, une partie de la future taxe numérique, etc.

La tâche à laquelle Charles Michel va s’atteler se complique d’une difficulté supplémentaire : pour la première fois, certains pays, dont la France, soutenus par la Commission von der Leyen, veulent introduire une clause conditionnant le versement des fonds européens au respect de l’État de droit. Évidemment, la Pologne, premier récipendiaire des fonds européens (86 milliards d’euros entre 2014 et 2020), et la Hongrie (25 milliards d’euros) sont principalement visées compte tenu de leur évolution politique. Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, a répété, vendredi 22 novembre, que le versement des fonds européens ne devait pas être « lié à l’État de droit ». On notera toutefois que la Hongrie a accepté une pénalité de 500 millions de forints (1,49 milliard d’euros) décidée par la Commission de Bruxelles en raison du détournement constaté des subsides européens, parfois dans l’entourage du Premier ministre. Cette pénalité se traduira par le retrait du soutien accordé à certains projets ou appels d’offres controversés en pays magyar. À l’échelle du pays, c’est un manque à gagner de 150 euros par Hongrois sur un an. C’est un premier signal : on ne rigole plus avec l’argent des Européens. Surtout au moment où Charles Michel s’apprête à tendre la sébile dans les capitales les plus riches…

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