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« Cherche patron (ne) de la SNCF et de ses 150 000 cheminots. Il (elle) devra gérer l’une des plus grandes mutations de l’histoire de l’entreprise publique, réforme ferroviaire oblige, avec l’ouverture totale du train à la concurrence, la fin du recrutement au statut, la mise en place d’un nouveau cadre social ou encore le passage au statut de société anonyme. Poste à pourvoir à partir du 1er janvier 2020. Rémunération plafonnée à 450 000 € brut par an comme dans toute entreprise publique… »

Cela pourrait être le contenu de la petite annonce destinée à trouver la personne qui prendra la suite de Guillaume Pepy, dont le mandat arrive à échéance le 31 décembre 2019. Âgé de 61 ans, ce dernier dirige la compagnie ferroviaire depuis onze ans. Depuis qu’il a annoncé officiellement au printemps qu’il ne chercherait pas à rempiler, la SNCF bruisse de rumeurs sur la personne qui pourrait lui succéder.

La « SNCF de 1937 » cherche à se réinventer

Avec plus ou moins de discrétion, des responsables de grandes branches du groupe se sont mis en ordre de bataille pour gagner le droit d’occuper le bureau présidentiel. « On a rarement vu en quelques mois autant de hauts cadres publier des ouvrages ou multiplier des rencontres avec les journalistes », sourit un bon connaisseur du siège. Parmi les prétendants en interne, on cite souvent les noms d’Alain Krakovitch, le patron des trains en Île-de-France ; de Rachel Picard, la responsable des TGV ; ou encore d’Alain Picard, qui pilote l’activité logistique du groupe mais aussi la mise en œuvre de la réforme ferroviaire.

Un cabinet de recrutement américain

Le seul à avoir officialisé sa candidature reste cependant Patrick Jeantet, 59 ans, PDG de SNCF Réseau, chargé de la gestion des infrastructures. L’homme a pour lui la connaissance de l’entreprise, mais aussi une expérience industrielle dans le privé (Bouygues, Vinci…). Un cursus qui l’aurait placé, selon certaines rumeurs, parmi les favoris retenus par le cabinet américain de recrutement Heidrick & Struggles, chargé par le gouvernement de trouver la nouvelle locomotive de la SNCF.

La SNCF veut animer ses petites gares

« Avec son annonce, fin juin, Patrick Jeantet a pensé prendre de vitesse tout le monde, estime Gilles Dansart, directeur du site d’information spécialisé Mobilettre. Mais l’Élysée semble toujours hésiter et la nomination, qu’on pouvait attendre pendant la trêve estivale, devrait être reportée à septembre. Si Patrick Jeantet a un bon profil et n’a pas encore perdu la partie, le pouvoir pourrait lui préférer quelqu’un venu de l’extérieur. »

De la ministre des armées Florence Parly (ex SNCF) à celle de la transition écologique Élisabeth Borne, de Jean Castex, délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques Paris 2024 au gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, de nombreux noms ont circulé ces dernières semaines.

Une nouvelle ère pour la SNCF

« En tout état de cause, il serait souhaitable que la personne choisie ait une expérience réussie de chef d’entreprise, souligne Hervé Maurey, sénateur Union centriste de l’Eure et président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable au palais du Luxembourg. Avec la réforme ferroviaire, la SNCF va entrer dans une nouvelle ère, dans un univers concurrentiel dans lequel elle devra gagner des marchés en France. En même temps, il faudra préserver la paix sociale dans une entreprise très syndiquée, tout en réduisant les coûts de production. »

La SNCF entre bouleversement du rail et malaise social

Le poste est à hauts risques, soumis à forte pression médiatique. La SNCF est sans doute l’entreprise publique la plus exposée aux risques de dysfonctionnement, les trains roulant jour et nuit. En outre, la pression politique est grande. « Tout le monde n’a pas forcément envie que la réforme ferroviaire réussisse », pointe Hervé Maurey.

« La SNCF est une entreprise que les Français adorent détester mais à laquelle ils refusent qu’on touche, observe de son côté Yves Crozet, économiste des transports et professeur émérite de l’Université de Lyon, selon lequel il sera difficile de remplacer Guillaume Pepy. « Grâce à son talent, il a réussi à se rendre indispensable auprès de tous les gouvernements et à piloter cette entreprise qui doit composer avec l’opinion publique, l’État payeur et le pouvoir syndical. »

La dernière ligne droite

Certains s’interrogent aussi sur la future forme de gouvernance de la SNCF. « On ne sait même pas si on se dirige encore vers un président tout-puissant qui endosse tous les rôles, du communicant au stratège, dit Gilles Dansart. Ou d’un duo entre un président non exécutif et un directeur général. » En attendant, l’entourage de Guillaume Pepy l’assure : l’homme est parti en vacances, « pas très loin » et compte parcourir sa dernière ligne droite à la tête de la SNCF à très grande vitesse.

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► Un groupe international de 33 milliards de chiffre d’affaires

Le groupe SNCF emploie plus de 270 000 personnes à travers le monde. En France, 150 000 cheminots sont au service du ferroviaire et des 15 000 trains qui circulent chaque jour.

Le chiffre d’affaires a été de plus de 33 milliards d’euros en 2018, dont 34 % réalisés à l’international.

L’entreprise va passer le 1er janvier 2020 du statut d’établissement public à caractère industriel (Epic) à celui de société anonyme à capitaux publics « incessibles ». À la même date, il n’y aura plus de recrutement au statut de cheminot.

Les régions pourront ouvrir leurs TER à la concurrence à partir de la fin 2019. La concurrence des TGV sera, elle, ouverte à partir de la fin 2020.

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