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Les fleurs coupées du Kenya ne trouvent plus preneur depuis que l’épidémie de coronavirus s’attaque aussi à l’économie mondiale.

« L’important, c’est la rose », chantait Bécaud. « La rose, c’est le cauchemar », lui répond le fermier kényan Inder Nain, entouré de brassées de fleurs colorées qui n’égaieront aucun intérieur dans le monde. La pandémie de coronavirus, surgie en Chine fin 2019, est passée par là. La ferme horticole située sur les rives du lac Naivasha, au nord de la capitale Nairobi, laisse ainsi sécher des centaines de milliers de roses depuis que le marché de l’exportation de fleurs s’est effondré. « Nous ne faisons que couper les fleurs et les jeter« , se désole Nain auprès de Reuters.

Depuis bientôt 40 ans, le Kenya s’est spécialisé dans la culture intensive de la rose, définie comme une « industrie » horticole. L’utilisation importante de pesticides, un bilan carbone élevé, l’assèchement des ressources en eau ont certes depuis quelque temps fait naître des critiques auprès de clients européens soucieux d’écologie, mais pas de quoi cependant menacer un commerce florissant.

C’est ainsi que chaque jour, en toute saison, les roses quittent la majestueuse vallée du Rift au Kenya vers des clients du monde entier. La plupart des roses de Nain sont vendues aux enchères aux Pays-Bas avant d’être distribuées dans l’Europe entière, où elles servent à décorer les mariages et les obsèques, où elles sont aussi proposées en bouquets pour toutes les occasions.

Mais avec la propagation du virus, la donne est en train de vraiment changer. Avec le nombre grandissant de personnes atteintes dans le monde, des décès en hausse, les frontières ont été fermées ainsi que beaucoup d’entreprises. Dans ces circonstances, peu de gens pensent aux fleurs. Même les noces et les enterrements sont organisés à huis clos. En Europe, en raison du confinement qui s’étend, les fleuristes ont baissé le rideau. Leur commerce n’est pas considéré comme étant de première nécessité.

Alors, les roses de Nain, aussitôt cueillies, sont empilées comme des déchets. « Si cela devait se poursuivre pendant encore un mois, nous envisagerions un arrêt complet« , annonce-t-il avec regret.

Il n’y a pas de demandeInder Nain, horticulteur kenyanReuters

L’Europe représente 70% des exportations de fleurs coupées du Kenya, par ailleurs premier exportateur mondial de ce produit. Les restrictions ont réduit de moitié les commandes quotidiennes, déclare Clement Tulezi, directeur général du Kenya Flower Council, l’organisme représentant la profession. 

Lors d’un récent voyage dans les pays européens, alors que la rapide progression de l’épidémie était constatée, Tulezi affirme avoir vu des magasins distribuer des bouquets gratuitement, car ils ne pouvaient les vendre avant qu’ils ne se fanent. « Ils (les clients) ne voulaient pas aller chercher ces fleurs parce qu’ils craignaient pour leur propre santé, a-t-il déclaré. Nous avons vu des tonnes de fleurs déversées et détruites. » Depuis ce moment, la situation a encore empiré et de meilleures perspectives ne sont pas en vue.

La forte baisse des exportations est un coup dur pour le Kenya, l’économie la plus prospère d’Afrique de l’Est. Les exportations de fleurs sont l’une des trois principales sources de devises étrangères. En 2019, elles ont généré 104 milliards de shillings kényans de ventes (soit un milliard de dollars). D’autres secteurs, comme le tourisme et l’agriculture, souffrent eux aussi beaucoup.

La chute des exportations signifie aussi que beaucoup d’emplois sont menacés, a déclaré Tulezi. L’industrie florale fait travailler environ 150 000 ouvriers. La plupart sont des femmes, car les entreprises pensent que leur toucher délicat n’endommage pas les fleurs.

A la ferme de Nain, 2 000 personnes travaillent en temps normal pour expédier 350 000 roses par jour partout dans le monde. Aujourd’hui, seulement 50 000 fleurs sont produites. Son entreprise, le groupe Xflora, a mis la moitié de ses employés en congé sans solde pendant 15 jours. A leur retour, l’autre moitié partira. « Il n’y a tout simplement plus de travail. Même si nous récoltons les fleurs, qu’en faisons-nous ? », se demande le fermier sans illusion.

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