Via    Le Figaro

EXPÉRIENCE – Dans les Côtes d’Armor se niche une drôle de capsule flottante. Son nom: Anthénea. Son objectif: transporter le cocon d’un habitat luxueux sur la mer sans abîmer la faune et la flore. Nous sommes allés découvrir cette invention 100% made in France, qui intéresse les hôteliers et les particuliers.

C’est une vision unique, depuis les hauteurs du village de Trébeurden (Côtes-d’Armor) et au-delà. Une soucoupe flottante. Une capsule dodécagonale, recouverte d’un dôme à la blancheur éclatante, dont la caractéristique la plus visible est de parvenir à flotter sur l’eau. Son nom: Anthénea. Au bout du port où elle est amarrée, cette création se fait une place pour le moins atypique au milieu des autres bateaux. Elle aussi est classée en tant que bateau (de catégorie C) et possède une proue avant et arrière. Cependant la comparaison avec toute embarcation traditionnelle s’arrête là. Ce que nous avons visité est un loft voguant sur la mer.

Dès l’ouverture de sa porte papillon, on saisit le caractère unique de ce projet fou baptisé Anthénea, rêvé et réalisé par Jean-Michel Ducancelle, un architecte naval diplômé de l’école nationale supérieure d’architecture de Lumigny, à Marseille, en 1986. Pour lui, Anthénea a débuté avec une image au caractère hallucinatoire et obsédante, il y a quarante ans. Les yeux écarquillés, il a «assisté», stupéfait, à la sortie vrombissante hors des flots, d’une pieuvre mécanique. Jean-Michel Ducancelle venait juste de visionner une séquence d’un James Bond, L’Espion qui m’aimait. Mais à la sortie du cinéma, l’idée a surgi: vivre comme dans un appartement, mais sur l’eau. Et respecter par la même occasion la flore sous-marine.

L’étrange capsule de James Bond dans «L’espion qui m’aimait» a inspiré Anthénea.
L’étrange capsule de James Bond dans «L’espion qui m’aimait» a inspiré Anthénea. Capture écran / Anthénea

Durant les décennies où le projet mature, l’architecte participe à l’élaboration de la fameuse villa Bulle de Cartier, dont on retrouve ici les formes tout en ondulations. On est d’ailleurs saisi d’emblée par la coupole parfaite et immaculée sous laquelle repose un ensemble vitré élégant à 360°. Sur la coque se greffent cinq panneaux solaires qui assurent une autonomie de 3 à 6 jours. Mais il est possible d’avoir une autonomie illimitée avec une autre version de la «capsule», dotée d’un panneau solaire arrondi visible du dessus.

Autosuffisante et écoresponsable

Car c’est l’un des enjeux majeurs d’Anthénea: se montrer autosuffisante et écoresponsable. Ainsi l’habitacle est équipé d’un système Electro Scan, qui traite et purifie les eaux usées. Le mobilier intérieur, conçu spécifiquement, est fabriqué à partir de matériaux recyclés. Dès les premiers pas à l’intérieur, on mesure l’ambition de cette invention qui épouse les courbes de la nature: donner à voir l’environnement où que le regard se tourne. Le mur de verre fait rapidement son effet, spectaculaire, valorisant un écrin raffiné. Assis sur le bord d’un lit large et rond, harmonieusement installé au cœur de la structure, on observe dans un moment d’égarement les bateaux du port poursuivre leur course. À portée de main, le béton ciré encadrant une large baignoire, parfaitement ronde elle aussi, rappelle le corail, élément si précieux de la flore marine. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Un lit large et rond est installé au cœur de l’habitacle, ainsi qu’un salon aux fauteuils en cuir aux formes arrondies, face à un écran ouvert sur les profondeurs marines.
Un lit large et rond est installé au cœur de l’habitacle, ainsi qu’un salon aux fauteuils en cuir aux formes arrondies, face à un écran ouvert sur les profondeurs marines. Yann Richard/Yann Richard

Dans l’autre versant intérieur d’Anthénea, nous découvrons un salon aux fauteuils en cuir, aux formes arrondies. Et face à ce mobilier, presque sous nos pieds, se dévoile un écran ouvert sur les profondeurs marines, actuellement en méthacrylate. Amarré en 2017 au port de Trébeurden, le prototype présenté ne nous permettait pas, en raison de son âge, d’apercevoir la pleine richesse des fonds marins.

Nul doute que cela sera le cas une fois le projet abouti, car les dernières évolutions intègrent un lavage magnétique dernier cri et remplacent le plastique par du verre. Les quelques poissons entraperçus nous laissent en tout cas deviner son potentiel d’évasion inhérent à son nom. Car du grec au français, Anthénea signifierait fleur de nénuphar: à son aise au ras de l’eau, elle fait la joie des amphibiens qui s’en servent comme planche de repos. À l’échelle humaine, c’est un peu ça.

Climatisation naturelle

Anthénea peut rester à quai ou larguer les amarres, dans une version avec deux moteurs. Imaginez: vous louez un bateau pour la journée. Vous naviguez au cœur d’une mer calme, sous un ciel bleu azur et un soleil de plomb. Vous stoppez les moteurs, histoire de vous assurer un repos accompagné par les seules brises silencieuses d’un vent presque mutique. Dans ses conditions, la chaleur peut être éreintante, surtout sans climatisation. Solution ingénieuse d’Anthénea: insérer au centre de la capsule un puits. Recouvert d’un opercule en plastique, celui sert de climatisation naturelle au sein de l’habitacle, faisant souffler à intérieur la fraîcheur de la mer. L’effet est saisissant, en plus de présenter l’atout inattendu d’une vision de plongée sous-marine.

Le béton ciré encadrant une large baignoire, ronde elle aussi, rappelle le corail.
Le béton ciré encadrant une large baignoire, ronde elle aussi, rappelle le corail. Yann Richard/Yann Richard

Dernière bulle d’émotion, une trouvaille spectaculaire nichée au-dessus des 50 mètres carrés de la structure. Grâce à un escalier colimaçon en bois de châtaigner breton, nous grimpons au salon, circulaire comme il se doit, pouvant accueillir jusqu’à 12 personnes. C’est un solarium! Car le dôme s’ouvre mécaniquement. Orientable en fonction du vent, il offre une vue à 360° sur la nature environnante, ainsi qu’une agréable brise d’air frais.

L’ambition de ce projet n’a pas qu’une seule portée écologique. Jacques-Antoine Cesbron, cofondateur et président du groupe Cesbron spécialiste de la maîtrise énergétique, nous explique avoir conçu la fabrication de la capsule avec «une perspective 100% made in France». Les commandes actuelles, qui doivent être livrées à la fin 2020, vont être fabriquées à Lannion (Bretagne), dans une usine qui doit ouvrir et devrait employer près de 40 personnes.

De nombreux groupes hôteliers auraient déjà passé commande pour acquérir le modèle ici décrit, non navigable mais entièrement habitable, au coût de 420.000 euros la capsule entièrement meublée. Les clients, eux, devront débourser entre 800 et 2.000 euros pour une nuit selon le standing offert par le groupe en ayant fait l’acquisition et suivant la localisation (Maldives et Seychelles au premier rang selon nos informations). Pour les particuliers intéressés non par une seule nuit mais par l’achat de la soucoupe, le modèle navigable est proposé à 480.000 euros environ. Conditions: privilégier les criques et ne pas vous aventurer dans des eaux aux vents soufflant à plus de force 2. Une contrainte correspondant à la philosophie offerte par Anthénea: scruter l’horizon marin dans un calme luxueux, sans effort ni fatigue.

Anthénea

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