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Fernand Deligny (1913-1996), instituteur, éducateur, écrivain, cinéaste amateur, révolutionna l’éducation spécialisée, notamment à travers son travail avec les autistes, qu’il délivra de la psychiatrie en inventant des lieux à leur mesure. Il ne cherchait pas à les «guérir» mais à leur permettre de vivre avec les autres. Non pas en les adaptant à notre monde, mais en les laissant s’épanouir dans le leur, qui a peut-être quelque chose à nous apprendre. Selon lui, les autistes se caractérisent par leur façon de se tenir hors du langage et des intentions : chez eux, l’agir ne devient pas du faire, leurs gestes n’ont pas de causes et n’imitent rien. Les observer, les comprendre, pourrait nous aider à sortir de notre propre enfermement dans le langage. Réaliser un documentaire qui se voudrait fidèle à cet homme si peu conventionnel est une gageure. Du vivant de ce dernier, et avec sa complicité, Renaud Victor en réalisa deux magnifiques – Ce gamin-là (1976) et Fernand Deligny, à propos d’un film à faire (1989). Aujourd’hui, Richard Copans déclare lui aussi ne pas vouloir faire un «sur» mais plutôt «avec» Deligny. Comme ce dernier n’est plus là, il restitue sa parole à travers ses textes, dans une voix off où Jean-Pierre Darroussin, ne se contentant pas de lire, interprète véritablement son rôle. Copans s’est surtout intéressé aux rapports de Deligny avec les images. Considérant la caméra comme un «outil pédagogique», celui qui fut l’ami d’André Bazin puis de François Truffaut tournait régulièrement des bouts de films avec les enfants dont il s’occupait. Il avait inventé un mot pour désigner leur façon d’utiliser la caméra pour produire des «images autistes», sans intentions et qui ne disent rien : camérer. En 1971, ces expériences donneront naissance à un film qui ne ressemble à aucun autre : le Moindre Geste. Modestement, Copans rend compte de tout cela sans essayer de se prendre pour Deligny, mais en suivant précisément ses pas, ceux de sa vie autant que ceux de sa pensée. Il ne se contente pas de le citer mais retourne dans les paysages où il a vécu et retrouve des objets qui lui ont appartenu. Il en résulte un portrait biographique sérieux, dense, captivant.

Les spectateurs auront accès au film en TVOD pour un coût de 4 € en exclusivité sur le site de Shellac, www.shellacfilms.com et sur les plateformes de La Toile www.la-toile-vod.com, le service VOD de votre cinéma, pour les deux premières semaines puis en partenariat avec Universciné.


Marcos Uzal

Monsieur Deligny, vagabond efficace de Richard Copans (1 h 35).

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