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L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Benjamin Voisin et Félix Lefebvre dans « Eté 85 », de François Ozon.

Dix-neuvième long-métrage de François Ozon, Eté 85 nous a d’abord laissée perplexe. Quelque chose ne collait pas. Une pierre à l’édifice qui, sans nul doute, lui appartenait, avait été ajoutée mais placée au mauvais endroit. Ce nouveau film du cinéaste n’avait rien à faire au dernier étage de sa filmographie. Sa place était aux fondations. A ce rang des premiers films où de jeunes réalisateurs trouvent inspiration dans des faits autobiographiques, esquissent les thèmes qui occuperont plus tard leur œuvre et demeurent à faible distance de cette matière qui les préoccupe. Tel que nous est apparu, en tout point, Eté 85 – transposition du roman de l’écrivain anglais Aidan Chambers, La Danse du coucou (Dance on my Grave), paru en France en 1983. Livre que François Ozon confie avoir lu à l’âge de 17 ans, et « adoré » au point d’envisager d’en faire l’adaptation pour son premier long-métrage, si d’aventure il se lançait dans le cinéma.

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L’aventure eut lieu, mais débuta autrement. Par des courts puis des longs-métrages, qui, s’ils ne correspondaient pas au projet initial, en comportaient des bribes. Des scènes et des thèmes du livre se trouvant en effet dans Une robe d’été (1996), Sous le sable (2000), Dans la maison (2012), Une meilleure amie (2014), Frantz (2016), comme en a pris conscience le cinéaste, lorsque, après Grâce à Dieu, lui prit l’envie de relire – soit trente-cinq ans après sa découverte – l’ouvrage d’Aidan Chambers. Le temps était venu de satisfaire le désir que la jeunesse avait exprimé puis réfréné par crainte et timidité. L’âge et l’expérience autorisaient enfin de filmer cette histoire d’amour, lumineuse et tragique, qui, durant quelques semaines de l’été 1985, unit deux adolescents, dans une station balnéaire ouvrière. Southend-on-Sea (dans le sud-est de l’Angleterre) dans le livre. Le Tréport (Seine-Maritime) dans le film.

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L’histoire d’amour finit mal. François Ozon n’en fait pas mystère, qui ouvre le film sur son issue, montrant Alex (Félix Lefebvre), claquemuré dans un chagrin dont il pense ne jamais pouvoir sortir, hanté par le souvenir de celui qu’il a chéri, qui désormais repose sous une tombe, David (Benjamin Voisin), à qui il a fait une promesse folle. Un pacte consenti dont il s’est acquitté et pour lequel il risque une incarcération dans un centre d’éducation surveillée. Eté 85 fait alors défiler ce qu’il est advenu, en prenant cependant soin de ménager le suspense sur la révélation finale : la nature de la promesse faite à David.

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