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Des femmes tiennent des portraits de Svetlana Tsikhanovskaïa, Veronika Tsepkalo et Maria Kolesnikova, opposantes au président biélorusse, à Borisov, le 23 juillet.

Il y a encore quelques mois, elle n’était qu’une simple femme au foyer. Une mère de famille sans histoire, modeste et effacée, vivant dans l’ombre d’un mari devenu la star des réseaux sociaux, un homme volubile et politisé, prêt à en découdre avec le pouvoir.

Mais ce dimanche 26 juillet, à la nuit tombée, devant une foule de plusieurs milliers de personnes à Gomel, petite ville de Biélorussie, c’est elle, Svetlana Tsikhanovskaïa, qu’on acclame en faisant tanguer les lumières des téléphones sur l’air de L’Estaca, ce chant catalan que les Espagnols entonnaient pour se libérer de Franco. Celui que fredonnaient aussi les Polonais de Solidarnosc avant de faire tomber le régime communiste.

Cette nuit-là, Svetlana Tsikhanovskaïa, 37 ans, a confirmé son statut de figure d’une opposition déterminée à mettre fin au règne d’Alexandre Loukachenko, premier et unique président de Biélorussie depuis l’effondrement de l’empire soviétique. « Je n’ai plus peur », a-t-elle confié à l’assemblée.

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A Minsk, la capitale, comme dans la province biélorusse où la trentenaire mène campagne pour l’élection présidentielle du 9 août, la même scène se répète, subjuguant les politistes qui croient voir naître une « révolution de femmes ». Une révolution « des » femmes car Svetlana n’est pas seule. A ses côtés, Veronika Tsepkalo et Maria Kolesnikova. Toutes trois parlent au nom de leur homme.

Maria Kolesnikova, Svetlana Tsikhanovskaïa et Veronika Tsepkalo à Minsk (Biélorussie), le 30 juillet.

Svetlana Tsikhanovskaïa, la première, a lancé sa candidature pour remplacer son mari, Sergueï Tikhanovski, youtubeur ultra-populaire, qui avait sondé dans les campagnes biélorusses la colère des petites gens contre les dérives de Loukachenko et sa gestion désastreuse du Covid-19 avant d’être placé en détention fin mai.

La seconde, Veronika Tsepkalo, est l’épouse de Valery Tsepkalo, candidat refoulé par la commission électorale le 14 juillet, qui a, depuis, fui la Biélorussie avec ses enfants. La troisième, Maria Kolesnikova, est directrice de campagne de Viktor Babariko, ancien banquier placé derrière les barreaux pour de présumées exactions fiscales.

Une nouvelle force

Pensant que le pays mépriserait, comme lui, une femme qui ne sait même pas tenir une arme, Loukachenko a autorisé la candidature de Mme Tsikhanovskaïa, refusant celle de tous les autres candidats jugés « sérieux ». Personne n’imaginait alors que l’épouse du blogueur mènerait une véritable campagne. La trentenaire, apolitique, seule et apeurée, savait que les autorités pourraient lui retirer la garde de ses deux enfants au moindre prétexte.

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