Via    Le monde

Le roi Philippe de Belgique, le chef de la N-VA, Bart De Wever, et le président du Parti socialiste, Paul Magnette (de gauche à droite), au palais royal à Bruxelles, le 20 juillet 2020.

Cela ressemble clairement à une alliance des contraires mais c’est pourtant la seule formule qui permettrait à la Belgique d’avoir, enfin, un gouvernement de plein exercice capable, notamment, d’affronter la pandémie qui l’a durement frappée. Lundi 20 juillet, l’Alliance néoflamande (N-VA), le parti nationaliste de Bart De Wever, et le Parti socialiste (PS) du Wallon Paul Magnette ont démarré officiellement des discussions.

A la veille de la fête nationale, le roi Philippe avait prôné la mise en place d’un gouvernement « résolu et stable », capable de fixer « une trajectoire clairement définie ». « Le pays tout entier le réclame, ne le décevons pas », affirmait le chef de l’Etat, prônant « courage et audace ». Un plaidoyer on ne peut plus clair pour une alliance des frères ennemis, à la tête du plus grand parti de leurs régions respectives.

Le PS et la N-VA avaient en fait déjà eu des contacts depuis la chute du gouvernement de Charles Michel, en décembre 2018, et les élections, en mai 2019. L’entente semblait toutefois impossible, comme l’avait illustré l’échec d’une mission royale confiée, à l’automne dernier, à un représentant de chacun de ces partis. La N-VA maintenait son hostilité à une formation francophone qu’elle caricature souvent en promotrice d’une « Walbanie » socialiste ; M. Magnette a affirmé que son parti n’a « rien en commun » avec le nationalisme conservateur du parti flamand.

Intérêt mutuel

Qu’est-ce qui a changé le cours des choses ? La pandémie, évidemment, qui a causé près de 10 000 morts, illustré les faiblesses d’une gestion fragmentée entre Etat fédéral, régions et communautés, et plongé le pays dans la récession et l’endettement. Le déficit de l’Etat fédéral est passé en quelques mois de 10 à 52 milliards d’euros et le produit intérieur brut (PIB) devrait reculer de plus de 12 %. Or, si elle veut notamment bénéficier de l’argent du fonds de relance approuvé mardi 21 juillet par le Conseil européen, la Belgique devrait disposer d’un gouvernement capable d’élaborer un projet national, à soumettre à la Commission.

Pour justifier leur revirement et convaincre leur base, souvent très dubitative, voire hostile, MM. Magnette et De Wever pourront aussi mettre en avant l’intérêt mutuel de leur alliance : la défense du système de sécurité sociale et du réinvestissement dans la santé et le social pour le premier, une nouvelle réforme institutionnelle, avec des transferts supplémentaires de compétences vers les régions, pour le second.

Il vous reste 53.74% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laissez un commentaire