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L’auteure signe un puissant roman autour de l’adolescence et de la féminité.

Prix de Flore pour Tout cela n’a rien à voir avec moi (éditions Jean-Claude Lattès, 2013), Monica Sabolo revient avec un roman envoûtant, dans la veine de ses précédents écrits, sur les thèmes de la nature et de l’adolescence. L’auteure fait son arrivée cette année dans la collection Blanche de Gallimard. Son livre est en compétition pour le Prix du roman Fnac 2019. 

Dans son dernier livre, Summer (2017, JC Lattès), Monica Sabolo, finaliste du Prix Goncourt des Lycéens, racontait l’histoire d’une jeune fille disparue, qui hantait l’esprit de son frère. Dans Éden, son nouveau roman, il est aussi question d’absence et de fantômes. Nita est une fille de la « réserve ». Elle habite un lieu reculé, coincé « entre deux droites infinies : la forêt, d’un côté, l’autoroute de l’autre« .

Dans ce « paradis perdu » un drame ouvre l’histoire : après avoir disparu pendant plusieurs jours, Lucy, une amie de Nita, est retrouvée dans la forêt, victime d’un viol, « ce mot que personne ici ne prononce jamais« . Nita va tenter de comprendre ce qui est arrivé à son amie. Dans sa recherche, l’adolescente se confronte à un monde sombre et injuste, bien loin du tableau idyllique qu’inspirent ces terres au premier regard… Sa recherche, celle des racines de ce mal qui semble gangrener le quotidien, c’est aussi celle d’une vérité originelle, que la forêt pourrait renfermer. Dans ces bois, des choses étranges arrivent. Des gens disparaissent ou se font violemment agresser par des animaux sauvages. On y trouve des objets occultes. 

La « réserve » : pour les touristes,« ces foules insouciantes, riches, blanches« , la réserve est « un joyau miraculeusement préservé, semblable à ce que fut la terre au premier jour« . Méfions-nous des apparences. Derrière ses allures d’Éden, ce lieu cache un quotidien de misère et de violence. Avant Lucy, il y a eu des disparues, « des filles, adolescentes, mères de familles, prostituées, quelques jeunes garçons. Volatilisés« . Mais on parle peu de ces drames. « Il y avait des panneaux, çà et là, sur la route. On les voyait de loin, seul élément vertical entre l’horizon et le ciel. Les visages en noir et blanc des disparus« . 

Face à ces injustices, Nita ne peut se résigner. Lucy, en état de choc après son viol, ne peut fournir d’informations sur l’identité de son agresseur. En côtoyant les garçons de son lycée et un gang de fille travaillant au bar de la réserve, Nita va peu à peu remonter le fils événements. La plume poétique de Monica Sabolo nous plonge dans l’univers de la jeune Nita. Le lecteur la suit au travers de ses questionnements, ses désirs et ses indécisions. Tantôt rythmé, tantôt contemplatif, ce récit fascine pour son ambiance étrange et dramatique. 

L’auteure renoue avec un thème de ses précédents livres : la nature, puissante, belle et terrible. La forêt d’Éden semble avoir une vie à part entière. Les gens l’écoutent, la ressentent et la craignent. « Elle était la forme palpable du mensonge, elle vous faisait croire à l’éternité. Vous pensiez avancer à l’intérieur d’un cœur plus grand, qui battait fort, un cœur immortel« .

Étrange et dangereuse, elle n’en est pas moins un territoire à protéger face à aux destructrices « sociétés forestières » qui abattent des hectares malgré l’opposition des habitants de la réserve. Cette puissance raisonne particulièrement avec les personnages féminins. Menacées dans la ville, les femmes d’Éden semblent trouver dans la forêt une source d’énergie sauvage. 

Eden, le nouveau roman de Monica Sabolo pour la rentrée littéraire d'automne 2019. 
Eden, le nouveau roman de Monica Sabolo pour la rentrée littéraire d’automne 2019.  (GALLIMARD)

Eden, Monica Sabolo, (Gallimard – 288 pages – 19,5 euros)

« On raconte tellement de choses sur la forêt. Les filles mères qui vont y accoucher, accroupies dans un talus, laissant tomber leur bébé sur les feuilles. Les enfants qui grandissent, dans des grottes, des ravins, en se nourrissant de baies et de boue, et qui, adultes, errent telles des ombres en colère, ou deviennent des animaux, chevreuils, renards, hiboux, porteurs de maladie et de mort. Les employés des compagnies forestières, qu’il vaut mieux ne pas croiser dans l’obscurité, la nuit, ni le jour, là où les arbres sont si touffus que la lumière ne pénètre plus, ce qu’ils font aux filles qu’ils ramassent dans les bars, ivres, avec des jupes trop courtes (…) Depuis quelques temps, on trouvait des choses suspendues aux branches, ou plantées dans la terre, qui faisaient froid dans le dos, les traces de rituels auxquels ont aurait jamais voulu assister. »

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