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Dans une région saturée par la présence policière, les militants altermondialistes du contre-G7 se sont permis un coup d’éclat ce vendredi après-midi : 85 personnes, membres de six associations (Attac, la Confédération paysanne, les Amis de la Terre, Bizi!, le syndicat basque LAB et l’association de paysans basques ELB), ont réussi à bloquer l’usine Monsanto de Peyrehorade (Landes), à une cinquantaine de kilomètres de Biarritz. «Les multinationales sont les grandes gagnantes du monde du G7. Cibler l’une des pires d’entre elles, Bayer-Monsanto, qui empoisonne les paysans, les champs et nos assiettes, c’est montrer l’inaction coupable des Etats, explique Raphaël Pradeau, pour Attac. Tant que les Etats n’agiront pas, nous, société civile, continuerons à organiser des actions de blocage».

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Après avoir cadenassé les quatre portes de l’usine, qui produit des semences de maïs et de colza, les activistes ont convergé vers la principale entrée du site, vite rejoints par un tracteur qui y a déversé son chargement de terre. Venus armés de salades, de poireaux et de plants de maïs tout juste sortis des champs, les militants les ont replantés devant la grille pour constituer un potager miniature. «Cette action est symbolique, explique Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne et cultivateur dans le Jura. On voulait recréer une scène de nature devant l’usine pour montrer que la terre est vivante, et qu’on a pas besoin de la chimie pour la cultiver. Nos mains et quelques outils suffisent. C’était important, aussi, de le faire juste avant le G7 parce que le monde agricole ne se transformera pas tout seul. Les Etats doivent sortir des modèles agro-industriels qu’ils nous imposent, avec la PAC par exemple.» 

Devant la grille de l’usine, où les militants ont tendu une banderole proclamant «vos profits = nos cancers», Aitor, porte-parole du groupe écologiste local Bizi!, rappelle la structure «macabre» du groupe Bayer. «D’un côté, on a Monsanto qui empoisonne les consommateurs et surtout les agriculteurs. De l’autre, Bayer nous vend des médicaments. On ne peut plus rester dans cette spirale de maladies : il faut interdire le glyphosate.»

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Depuis 2015, et la campagne des «faucheurs de chaises», Attac multiplie les actions de désobéissance civile de ce type, qui lui ont permis de rajeunir sa base. «Ce genre d’action directe permet d’aller plus loin que les petits gestes du quotidien et de faire pression sur les décideurs, explique Avram, 23 ans et membre des Amis de la Terre. Si demain, tous les Français adoptaient un comportement écologique exemplaire, seulement 25% du travail serait fait. Tout le reste des émissions de CO2 dépend des collectivités locales et des Etats. Vu qu’ils n’écoutent pas les arguments scientifiques, il faut bien les faire bouger autrement.» 

Après une quarantaine de minutes de blocage, les militants sont repartis en voiture, direction Hendaye et Irun pour assister à la fin du contre-sommet et surtout éviter d’éventuelles interpellations. Ils ont laissé derrière eux leur potager sauvage et les employés de l’usine, toujours bloqués derrière les grilles cadenassées.

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Nelly Didelot Envoyée spéciale à Peyrehorade

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