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Dans une tribune au « Monde », l’islamologue Rachid Benzine redoute que la succession des attentats n’installe un climat de délation à l’égard des musulmans.

Publié aujourd’hui à 02h57, mis à jour à 11h52 Temps de Lecture 5 min.

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Emmanuel Macron participe à la cérémonie en hommage aux victimes de l’attaque terroriste du 04 octobre 2019 à la Préfecture de Police à Paris, mardi 08 octobre 2019
Emmanuel Macron participe à la cérémonie en hommage aux victimes de l’attaque terroriste du 04 octobre 2019 à la Préfecture de Police à Paris, mardi 08 octobre 2019 JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

Tribune. Le tueur de la Préfecture de police de Paris a-t-il agi sous le coup de sa seule folie ou de son seul ressentiment, l’un ou l’autre nourri d’une idéologie islamiste acquise sur Internet ou/et dans la fréquentation de quelque milieu salafiste ? Etait-il incorporé dans une stratégie beaucoup plus sophistiquée d’« entrisme djihadiste » dans les lieux sensibles de la République ? L’enquête en cours permettra peut-être de le déterminer. En attendant, une inquiétude légitime grandit au sein des institutions et dans la population : jusqu’où, et combien de temps encore, ce « cancer » de l’islam radical va-t-il porter atteinte à notre sécurité, au vivre-ensemble dans notre société, à notre démocratie ?

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Les pouvoirs publics apparaissent à beaucoup de nos concitoyens comme largement impuissants devant cette progression régulière du mal, et des demandes de davantage de surveillance, de davantage de contrôles, de davantage de « répression préventive » (comme la mise en rétention de tout individu fiché « S ») s’expriment avec amplitude.

Parce que les attentats terroristes contemporains, en France, se revendiquent essentiellement de la foi musulmane, de plus en plus de gens – dans les sphères d’influence et de pouvoir, comme dans l’opinion publique – en viennent à penser que la distinction entre islamisme et islam n’a plus lieu d’être, car l’islam, dans ses fondements, contiendrait en germes toutes les atrocités commises aujourd’hui en son nom. Le souci des gouvernants (et d’une large part de l’intelligentsia) de ces quarante dernières années de ne pas stigmatiser l’islam et les musulmans en général est fortement remis en cause.

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Pour beaucoup, tout fonctionnaire musulman, tout soldat musulman, tout enseignant musulman, tout ingénieur musulman, tout employé musulman, tout imam, etc., devrait être soumis à une surveillance drastique. Voilà donc toute une partie de notre société en danger de « zemmourisation » !

Un nouveau maccarthysme risque de se développer, non plus à l’encontre de tout ce qui pourrait avoir un lien quelconque avec le communisme, comme lors de la décennie 1947-1957 aux Etats-Unis, mais à l’égard de tout ce qui se référerait à l’islam. Un maccarthysme « musulmanophobe » (qualificatif que je préfère à « islamophobe », tant le concept d’islamophobie est ambigu et utilisé par certains pour empêcher toute réflexion libre sur la doctrine et la tradition musulmanes ; « musulmanophobe », me semble-t-il, renvoie davantage aux personnes qu’à la doctrine).

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