Via    Le Monde

Président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE), un think tank rattaché à Matignon, Philippe Martin – qui participa à l’élaboration du programme du candidat Macron en 2017 – devait publier vendredi 10 juillet, avec Jean Pisani-Ferry (professeur à Sciences Po et également pilier de la campagne) et Xavier Ragot (président de l’OFCE), une note intitulée « Une stratégie économique face à la crise », remise à l’Elysée et à Bercy.

Les trois économistes y dressent un premier bilan post-confinement et proposent des mesures de relance à court et moyen termes, pour un total de près de 50 milliards d’euros.

Où en est l’économie française ?

Face à un choc inédit, les mesures mises en place par le gouvernement ont permis une protection forte et efficace des ménages. Grâce au chômage partiel, ils n’ont perdu en moyenne que 5 % de leurs revenus pendant les huit semaines de confinement, alors que le PIB baissait de 30 %.

La grande majorité des actifs (22 millions sur 30 millions) n’a pas connu de dégradation sensible de son revenu, même si 1,6 million de non-salariés, contrats courts et intérimaires a subi le choc de plein fouet. La consommation a rebondi plus fortement qu’espéré entre mi-mai et mi-juin pour revenir à une situation quasi-normale (2 % en dessous des niveaux habituels). Par contre il n’y a pas d’effet de rattrapage post-confinement.

Côté entreprises, on ne voit pas encore de vague de faillites car les prêts garantis par l’Etat ont permis de repousser le problème. Mais les questions de solvabilité sont à venir. Le PIB pourrait finalement reculer de 9 %, selon l’Insee, en 2020, et non pas de 11 % comme le prévoyait Bercy. Ce sont tout de même 50 milliards d’euros de mieux qu’espéré, même s’il reste encore de nombreuses incertitudes, notamment sanitaires.

Quelle est désormais la priorité ?

Les ménages ont beaucoup épargné pendant le confinement. Tout l’enjeu est que cette épargne contrainte accumulée (environ 80 milliards d’euros) ne se transforme pas en épargne de précaution et soit dépensée. Mais il existe des disparités de situation. Pendant le confinement, les ménages les plus modestes ont moins baissé leur consommation que les ménages aisés [car ils ont plus de dépenses contraintes]. Ils ont donc moins d’épargne, et ils sont aussi plus exposés au chômage.

Si l’on met de côté le sujet sanitaire, la période cruciale en termes de risque économique et social sera l’automne-hiver. Tout l’enjeu du plan de relance est d’éviter un cercle vicieux dans lequel la hausse du chômage et la perte de confiance des ménages et des entreprises plomberaient l’économie et provoqueraient un nouveau choc sur l’emploi.

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