Via    francetvinfo

Informer pour donner les gestes à suivre et aussi couper court aux rumeurs, difficile quand des pays parlent des dizaines de langues et que les traductions peuvent s’avérer périlleuses.

Au Sénégal, on pourrait utiliser le français et dire « Restez chez vous » pour vous protéger contre le coronavirus. Mais le français, largement parlé, n’est pas la seule langue utilisée dans le pays. Il y a aussi, bien sûr, le wolof, la langue du quotidien, mais pas seulement. On peut également ajouter le mandingue. En tout, 21 langues sont recensées au Sénégal. Alors, pour les messages de prévention, il faudra faire un choix. « Restez chez vous », « tooglen sen ker » en wolof, « An ka tô sô » en mandingue, et pourquoi pas « Fica na casa » en créole.

L’Afrique est une mosaïque linguistique. On en recense pas moins de 500 idiomes pour le Nigeria, champion toutes catégories. La langue officielle y est l’anglais. Mais 60 millions de Nigérians parlent le pidgin, un langage créole fondé sur l’anglais. L’hausa est la langue maternelle de 44 millions d’habitants, notamment au nord du pays. On peut ajouter le yoruba et ses 42 millions de locuteurs, l’igbo 35 millions, pour ne parler que des plus importantes.

Ainsi, se faire comprendre par tous est un sérieux casse-tête. A la fois source de dépenses supplémentaires, mais aussi de traductions hasardeuses. « Bien sûr, toutes ces langues expriment la maladie. Mais les écarts de traduction et d’interprétation peuvent être importants. Cette situation linguistique doit être analysée et prise en compte parce qu’elle peut poser problème pour des messages de prévention« , explique à franceinfo Afrique l’anthropologue Yannick Jaffré.

En 2009, dans un article du journal Le Monde, le chercheur Henry Tourneux, spécialiste des langues et cultures africaines, expliquait : « En Afrique, les langues locales sont les mieux adaptées pour diffuser à grande échelle des informations concernant la santé, la prévention des maladies… »

Il prenait l’exemple d’une campagne sur les maladies sexuellement transmissibles menée au Mali, au Cameroun et au Burkina, qui avait été un échec. Certaines consignes sanitaires avaient été formulées en français. Et les difficultés de la traduction, sur un sujet où existent non-dits et tabous, n’avaient pas été prises en compte.

Certains ont bien compris le besoin d’un langage universel. Et quoi de tel que l’image, comme le montre ce travail de graffeurs, initié par l’université de Dakar.

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