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 Une Vénézuélienne de sept ans, dont les parents ont émigré, utilise un téléphone portable dans sa maison du quartier de San Agustin à Caracas, le 5 août 2019.
 Une Vénézuélienne de sept ans, dont les parents ont émigré, utilise un téléphone portable dans sa maison du quartier de San Agustin à Caracas, le 5 août 2019. (FEDERICO PARRA / AFP)

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 5 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays depuis 2015. Une crise migratoire qui déchire des familles entières. Les conditions difficiles de l’exode poussent souvent les parents à laisser leurs enfants au Venezuela. Des enfants qu’on appelle les « dejados atras », littéralement les « laissés derrière ». On évalue leur nombre à près d’un million et ils vivent généralement très mal cette séparation.

Ces enfants sont laissés au Venezuela car leurs parents ne veulent pas prendre le risque de les emmener avec eux. D’abord, parce que la route empruntée par les migrants est devenue de plus en plus dangereuse, en particulier à la frontière avec la Colombie où opèrent toutes sortes de groupes criminels. Ensuite, parce qu’une fois arrivés dans leur pays de destination, ils doivent trouver un travail et un logement. Une situation souvent précaire qui n’est pas optimale pour un enfant.

Les parents préfèrent donc partir seuls pour envoyer de l’argent à leur famille comme la fille d’Emilio, un retraité qui s’occupe de la petite Alejandra depuis que sa mère est partie au Pérou. « Elle travaille dans un salon de coiffure et de manucure, explique le retraité. Elle n’a pas encore pu revenir. Elle aimerait revenir bientôt, passer quelques jours avec nous, attendre la fin des cours de sa fille et l’emmener avec elle ». Le problème, c’est qu’Alejandra n’a pas très envie de partir : « Ça ne me plaît pas, je veux rester ici. Je vis bien quand même, je ne veux pas partir dans un autre pays. Plutôt que d’abandonner ma famille, je préfère avoir un avenir ici au Venezuela. »

Certains enfants comprennent pourquoi la crise économique a poussé leurs parents à partir et pourquoi cela était nécessaire, mais le départ est souvent vécu comme un abandon. C’est ce que constate Abel Saraiba, psychologue de l’association Cecodap qui défend les droits des enfants au Venezuela : « Le principal problème c’est le sentiment d’abandon. Mais il y a aussi l’adaptation à un nouveau cadre familial, avec qui il reste, comment il s’entend avec cette personne. Dans beaucoup de cas il doit changer d’école, car il déménage chez la personne qui va s’occuper de lui. » Tout cela se passe très rapidement. Et ils ne sont pas les seuls à souffrir, il y a les parents bien sûr, mais aussi la personne qui reste pour s’occuper des enfants, souvent un proche qui vit très mal cette séparation.

Le phénomène des enfants « laissés derrière » est totalement ignoré des autorités et cela met particulièrement en colère Luisa Pernalente, coordinatrice du réseau d’éducation populaire Fe y Alegria. « Selon notre législation en vigueur, les droits des enfants et adolescents sont une ‘priorité absolue’, c’est l’article 78 de la Constitution, explique Luisa Pernalente. Mais que se passe-t-il avec les enfants dont on parle ? L’État ne répond pas d’eux. Que se passe-t-il dans les écoles publiques ? On ne sait pas, il n’y a pas de chiffres. Je ne sais pas si c’est intentionnel ou non ». Le problème, c’est que le gouvernement de Nicolas Maduro réfute les chiffres et l’existence même d’une crise migratoire. Donc, d’une certaine manière, ces enfants n’existent pas dans le discours des autorités.

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