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Il a été condamné le 24 mars 2020, lors d’un procès expéditif en appel, à une peine alourdie d’un an de prison ferme. Il était libérable le 26 mars.

La crise épidémique qui touche Alger n’a pas calmé les ardeurs de la justice algérienne. Karim Tabbou, opposant politique de 46 ans, était libérable le 26 mars 2020. Il avait écopé le 26 septembre 2019 d’une peine d’un an de prison, dont six mois ferme, pour « atteinte à l’intégrité du territoire national ». Mais en appel, sa peine a été aggravée à un an ferme.

« L’affaire n’était pas programmée jusqu’à hier. On a été prévenu ce matin. On est venu en courant »
, a raconté à l’AFP Amine Sidhoum, l’un des avocats présents à l’audience du 24 mars. « On a exigé la présence de l’accusé qui avait eu une poussée de tension et était soigné à l’infirmerie du tribunal », a poursuivi Me Sidhoum. « Le juge n’a rien voulu entendre et il s’est retiré pour délibérer. En sortant, il nous annonce un an de prison. Il a changé les six mois avec sursis du premier jugement en six mois ferme« , a expliqué le défenseur.

Karim Tabbou est l’un des visages et l’une des voix les plus connus du Hirak, le mouvement de protestation anti-régime qui secoue l’Algérie depuis plus d’un an.

Avec cette condamnation, il ne sortira donc pas de prison le 26 mars et devra attendre encore six mois de plus. Le ministère de la Justice avait pourtant annoncé le 16 mars la suspension, jusqu’au 31 mars, de toutes les audiences des tribunaux criminels et correctionnels, à l’exception de celles déjà en cours pour des personnes en détention, qui se poursuivent à huis clos.

Dans un communiqué, Amnesty International a demandé aux autorités algériennes d’« annuler immédiatement la condamnation de Karim Tabbou et d’abandonner toutes les charges retenues contre lui. » « La décision de justice rendue aujourd’hui envoie un message effrayant aux manifestants, y compris aux militants politiques et autres militants de la société civile. Toute personne qui ose s’opposer ou critiquer le gouvernement sera punie », a dénoncé la directrice de l’ONG pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Heba Morayef.

M. Tabbou devait sortir de prison après avoir purgé sa peine, mais le procureur a interjeté appel à une date non précisée. Lui-même avait fait appel en proclamant son innocence, selon Me Sidhoum.

La condamnation de Karim Tabbou restera comme une tache honteuse dans l’histoire de la justice algérienneMe Abdelghani Badi, membre du collectif de défense de Karim Tabbouà El Watan

« On est abasourdi de ce qui arrive, pas seulement à Karim Tabbou mais à la justice algérienne. Cela dépasse l’entendement. On est choqué« , s’est insurgé Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), interviewé par téléphone. Dans un communiqué, la LADDH a dénoncé un « procès en catimini », estimant que « ce procès en deuxième instance a été programmé pour empêcher (Karim Tabbou) de quitter la prison ».

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