Via  Lapress

« Nous avons une ébauche d’accord qui doit être étoffée avant qu’elle ne devienne un accord », a-t-il déclaré au New York Times depuis Kaboul, où il est arrivé dimanche pour rendre compte aux autorités afghanes des six jours de discussions avec les représentants talibans au Qatar.

« Nous sommes tombés d’accord sur le principe sur quelques questions très importantes », a ensuite déclaré M. Khalilzad lundi soir, selon un communiqué transmis par l’ambassade des États-Unis à Kaboul.

« Il y a encore beaucoup de travail à faire avant de pouvoir dire que nous avons réussi », a-t-il ajouté, mentionnant, « pour la première fois », « des progrès significatifs ».

Le secrétaire à la Défense américain par intérim, Patrick Shanahan, a de son côté qualifié devant la presse ces discussions d’« encourageantes », avant un entretien avec le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg.

De nombreuses étapes restent toutefois à franchir avant un potentiel accord.

La condition première à toute négociation pour les talibans est « le retrait des forces étrangères d’Afghanistan ». « Tant que [cette] question n’aura pas fait l’objet d’un accord, il sera impossible de progresser dans d’autres domaines », avait indiqué le porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, après les rencontres de Doha.

Engagement antiterroriste des talibans

En retour, les États-Unis veulent avoir l’assurance que l’Afghanistan ne redevienne pas une base arrière pour des groupes extrémistes cherchant à lancer des attaques contre des pays étrangers.

Zalmay Khalilzad a dit au NYT avoir été rassuré sur ce point : « Les talibans se sont engagés, à notre satisfaction, à faire le nécessaire pour empêcher l’Afghanistan de ne jamais devenir une plateforme pour des groupes ou pour des individus terroristes », a-t-il expliqué, sans plus de détails.

L’intervention américaine de 2001, après les attentats du 11 septembre, avait été motivée par la protection offerte par les talibans, alors au pouvoir, à Al-Qaïda et son chef Oussama ben Laden.

Mais plus de 17 ans plus tard, le groupe djihadiste « est devenu l’ombre de lui-même », a estimé auprès de l’AFP l’analyste Michael Kugelman, du Wilson Center à Washington.

En revanche, le groupe État islamique s’est implanté en Afghanistan, où il combat les talibans et les forces de sécurité afghanes dans certaines régions.

Lundi, le président afghan Ashraf Ghani a de son côté appelé les talibans à « engager des pourparlers sérieux » avec les autorités de Kaboul, ce que les rebelles ont toujours refusé de faire, qualifiant le gouvernement afghan de « marionnette » de Washington.

« J’appelle les talibans […] à montrer leur volonté afghane, à accepter l’exigence de paix des Afghans et à entamer des pourparlers sérieux avec le gouvernement afghan », a-t-il déclaré d’un ton solennel dans un discours télévisé depuis le palais présidentiel.

« Dialogue entre Afghans »

« Aucun Afghan ne veut que les troupes étrangères restent indéfiniment dans le pays. Nous voulons la paix, nous la voulons vite, mais nous la voulons avec un plan », a poursuivi M. Ghani.

M. Khalilzad a assuré au chef de l’état afghan qu’un « dialogue entre Afghans » est aux yeux des États-Unis la « seule solution pour une paix durable en Afghanistan », selon un communiqué de la présidence afghane lundi matin. « Mon rôle consiste à faciliter des pourparlers entre Afghans », a-t-il déclaré.

L’empressement des États-Unis à négocier avec les talibans, après avoir longtemps refusé des pourparlers directs, est motivé par la volonté du président Donald Trump de retirer la moitié des 14 000 soldats américains stationnés en Afghanistan.

Les États-Unis mènent en Afghanistan la plus longue guerre de leur histoire, mais ce sont les Afghans, civils et militaires, qui payent le prix le plus lourd au conflit.

Jeudi au Forum économique de Davos, M. Ghani a indiqué que 45 000 membres des forces de sécurité afghanes avaient péri depuis son élection en septembre 2014, ce qui représente en moyenne plus de 28 morts par jour. Des pertes qualifiées « d’intenables » par les experts.

Malgré les pourparlers en cours, aucune annonce de cessez-le-feu ne pointe à l’horizon et les combats se poursuivent sur tout le territoire. Lundi, les talibans ont affirmé avoir fait 33 victimes parmi les forces afghanes et américaines à Ghazni (sud) et Herat (ouest), ce que la mission Resolute support (OTAN), sous commandement américain, a nié.

Selon l’analyste Michael Kugelman, « il faudra avoir l’assurance claire et ferme que tout retrait de troupes n’aura lieu qu’une fois que les talibans auront entamé des pourparlers avec le gouvernement afghan ».

Les talibans et les responsables américains ont convenu de poursuivre les négociations, mais aucune date n’a été annoncée publiquement.

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