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C’est peu de dire que les menaces proférées par Carrie Lam ont fait flop. Pour tenter d’instiller la peur, de discréditer les manifestants, et de faire échouer l’appel à la grève générale lancée pour lundi 5 août, la cheffe de l’exécutif hongkongais n’avait pas mâché ses mots.

« Une atteinte à la souveraineté de Pékin »

Lors d’une conférence de presse, tenue le matin même de la mobilisation, elle a accusé les protestataires pro-démocratie de chercher à « renverser » et à « détruire » Hong Kong. La mobilisation massive qui, depuis plus de deux mois, secoue la région semi-autonome de Chine, constitue, selon elle, « une atteinte à la souveraineté de Pékin » et une menace pour le principe « un pays deux systèmes » qui prévaut depuis la rétrocession de ce territoire à la Chine en 1997.

Rideau de silence chez les artistes de Hong Kong

A contrario, l’incapacité des autorités à résoudre la crise politique a galvanisé les manifestants pour leur quatrième jour consécutif de protestation, en dépit des affrontements qui se multiplient entre petits groupes radicaux et forces anti-émeutes. Très organisés, et massivement pacifiques, les jeunes Hongkongais ont mené une série d’opérations coup de poing pour bloquer le métro et plusieurs axes routiers, avant que les cortèges ne convergent vers différents lieux de sit-in.

Nombre de travailleurs et de fonctionnaires ont rejoint le mouvement, bravant, pour ces derniers, l’appel des autorités à respecter leur neutralité. L’aéroport a ainsi été en partie paralysé et contraint d’annuler 230 vols, rapporte le quotidien quotidien The South China Morning Post.

« Pékin cherche encore la réponse à apporter à la contestation »

De son côté, le journal en ligne Hong Kong free press fait état de l’arrestation de 84 personnes au cours de la journée, en sus des 336 arrestations totalisées depuis le 9 juin. « Quarante-quatre d’entre elles, accusées d’actes d’émeutes, risquent jusqu’à dix ans de prison », rapporte le chroniqueur politique basé à Hong Kong, Éric Sautedé. Selon lui, la mobilisation du 5 août a été encore plus exceptionnelle que celle du 16 juin, qui avait fait sortir dans la rue deux des sept millions d’habitants « parce qu’elle ne s’est pas limitée au centre-ville, mais a gagné tout le territoire ».

L’ombre de Pékin plane sur Hong Kong

« L’absence totale de réponse des autorités depuis deux mois a rendu la situation inextricable », souligne-t-il. Carrie Lam s’est jusqu’ici refusée à retirer le texte – celui-ci est seulement suspendu – qui a mis le feu aux poudres, visant à permettre les extraditions vers la Chine populaire. Les manifestants ont par la suite étoffé leurs revendications démocratiques, et réclament notamment une commission d’enquête indépendante sur les exactions policières. « Le gouvernement mise sur l’usure du mouvement, mais celui-ci innove sans cesse », poursuit Éric Sautedé.

Si la force et la puissance sont incontestablement du côté de Pékin, laissant craindre un recours à la méthode dure qu’affectionne Xi Jinping, il semble que les autorités chinoises, désemparées face à l’ampleur de la contestation, cherchent encore la réponse à lui apporter.

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